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15 mars 2020
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Sète, température d’un vote pas ordinaire

Un dimanche d’élection presque comme les autres à Sète, à part les bars et restaurants fermés.

11H30 dans le quartier populaire autour du Quai Adolphe Merle, rien à signaler, comme tous les dimanches beaucoup de commerces sont fermés. Sur les trottoirs, on discute comme d’habitude et premier constat, la fameuse distance de sécurité, entre un mètre et un mètre cinquante, est loin d’être respectée. La force de l’habitude, la preuve que la psychose n’est pas vraiment là.

Et puis la crainte , peut être de passer pour des paranos ou des barjots, parler à un mètre cinquante, faudra gueuler en pleine rue, et imaginez en plus si c’est des commérages! Pour l’heure, on plaisante encore, sortir les masques de plongée pour aller voter, une dame montre des gants en plastique, « ceux qu’on met dans la boite pour faire la couleur des cheveux« .

Au bar tabac, Le Chaland, presque une institution sétoise, avec sa clientèle de jouteurs et d’anciens pêcheurs de la Pointe Courte, le patron fait grise mine. A l’intérieur, pour respecter les consignes, les tables et chaises sont empilées, juste le comptoir pour acheter le tabac est accessible.

Quelques habitués sont là dehors, un peu sonnés par la nouvelle. Pour eux c’est leur lien social, boire un café, jouer aux cartes, discuter avec les copains. Pour le patron, c’est son gagne pain , pris de court par la nouvelle, il ne sait pas encore quels seront les horaires adoptés pour le tabac, dès lundi.

Et heureusement, il lui reste encore le tabac, pour d’autres bars ce sera la disette, le zéro revenu. « Les mesures prises hier soir ont un peu paniqué les clients, comme si ça devenait grave, j’ai fermé à minuit, de toute façon je ne ferme jamais plus tard. Mais pour nous financièrement ça va être une catastrophe« .

On annonce presque un mois de confinement, beaucoup de restaurateurs ou de bars risquent de ne pas s’en remettre même si les touristes se faisaient rares ces derniers temps. Certains espéraient que privés d’avions, ils viendraient plus nombreux sur le bord de mer de l’Occitanie. Mais ça c’était avant.

Julien, kiné envisage de fermer partiellement son cabinet. En déplacement, les kinés libéraux sont refoulés des EHPAD et en cabinet les patients surtout des personnes âgées décommandent les rendez vous. Le mot d’ordre est de faire face qu’aux cas les plus urgents genre kiné respiratoire. Les autres patients pourront attendre et puis reste le problème des masques, les pharmacies devraient en distribuer. Mais quand, comment… encore le flou. Les professions de santé pourront faire garder leurs enfants, les kinés y auront t-‘ils droit et là encore, pour demain, quand, où, qui comment… encore le flou de mesures annoncées en hâte un vendredi veille de week-end.

A la supérette non loin, la vendeuse a hâte de fermer, l’air hagard, elle a fait presque le triple de ventes d’un dimanche normal. « Il y avait de tout, des jeunes, des aînés, ils ont acheté surtout des produits de base« . La clientèle des petites supérettes du quartier est surtout constituée en temps normal de personnes sans véhicule ou de clients venant faire un appoint de denrées.

Elle accompagne un vieux grand père à la porte. Et c’est la pitié. Presque cassé en deux, avec sa canne, le visage grimaçant de douleur, il traine un pauvre sac avec quelques courses mais trop lourd pour lui, ses handicaps et son âge. Il ne veut pas d’aide, il n’habite pas trop loin. Que faut t’il faire? insister, s’imposer et si… et si… les idées tournent vite, se rappeler que les personnes âgées sont les plus vulnérables. Il dira encore « non » et poursuit sa route. Presque comme s’il avait peur de nous.

Heureusement, pour ce vieux monsieur et bien d’autres, sans voiture, isolés, sans aides extérieures, il existe encore des petits commerces de proximité. Toutefois, proposer d’aider un aîné, en allant faire les courses peut devenir un casse tête s’il faut respecter les consignes du confinement et de la distance de sécurité.

Ouf, la boulangerie est ouverte et surprise le pressing aussi. Avec une cliente à l’intérieur, toute étonnée « le patron ne doit pas savoir s’il doit fermer ou non, en attendant j’en profite.  » Elle cherche du gel dans son sac car « d’appuyer sur les touches on ne sait jamais, le virus survit sur des surfaces en acier assez longtemps ».

Dans le quartier, on vote au Gymnase Vincent Ferrari , dès l’entrée on est accueilli avec des sourires chaleureux. On se sent presque comme des héros à venir voter quand même et malgré ce que vous savez. Une grande sollicitude, une gentillesse pour expliquer, guider, faire passer les personnes handicapées ou âgées en priorité.

Il est midi, une file d’attente d’une dizaine de personnes. Pas de masques à l’horizon si ce n’est des gants pour quelques assesseurs. Mais le naturel reprend le dessus, on discute avec les connaissances, sans les fameuses distances que vous savez.

Il y a du gel sur les tables mais peu de gens semblent s’y intéresser. Presque un vote comme les autres. Il n’a pas manqué d’assesseurs à l’appel, l’abstention semble « moins pire » de ce que l’on attendait. Pour voter, on dépose ses documents sur la table, on évite les contacts. Le tour est joué. Sans stress et avec le sourire. Les vrais héros du jour, ce sont eux, assesseurs et scrutateurs à leurs postes. Vous aussi vous pouvez vous porter volontaire.

Anne Tailhardat-Oriol

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