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9 août 2018
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Thau, « la malaïgue farem tot petar »

 

Depuis une semaine les cannes à pêche sont en berne sur les berges de l’Etang de Thau à la Plagette. Un petit cercle d’habitués qui fréquente les lieux a assisté à la montée de la malaïgue.

 

« La malaïgue farem tot petar*  murmure en occitan un pêcheur qui scrute les eaux devenues troubles de l’étang. Oui, la malaïgue engendrée par la chaleur a fait grimper la température de l’eau presque jusqu’à… 32 degrés et il suffit d’un masque pour constater que jusqu’à 15 mètres du rivage les  bancs de moules sont décimés par le manque d’oxygène.

Depuis quinze jours, la montée du réchauffement de l’eau pouvait se constater quotidiennement sur Fil d’Air, un programme dédié à la météo sur l’Etang de Thau. « L’étang affiche toujours près de 3 degrés de plus que la mer » explique Jean Claude, un plongeur « depuis des années que je me baigne ici c’est déjà monté à 28 mais là plus de 30 degrés… sur les bords les coquillages ne survivent pas« .

Première conséquence, depuis dix jours les pêcheurs de dodo n’attrapent plus rien et on rangé les cannes. Sur les berges, des poissons crevés commencent à s’agglutiner ce qui inquiète. « On espère juste que beaucoup de dodos se sont réfugiées bien profond au frais et pas qu’elles crèvent toutes, ce serait un malheur vu qu’elles passent l’été ici« . Du coup désœuvrés, les pêcheurs barbotent dans l’eau avec les habitués pour se rafraichir de la canicule.

Des touristes passent avec un petit seau rempli de moules, ils sont hélés par le petit groupe « surtout ne les mangez pas!  elles sont en train de crever à cause de la chaleur« . Sous l’eau, par contre, c’est la grande sortie des baous (poivres) venus se régaler des moules et autres organismes qui ont succombé à la température. « Il y en a des énormes et tous regroupés comme pour un festin » rigole Robert, un pied noir qui les ramasse quotidiennement. « Ceux là, j’en veux pas, tu sais jamais, tu peux t’intoxiquer vu ce qu’ils mangent ».

Les gros bulots poursuivent leur festin mais même eux… « ils ont une drôle de couleur depuis deux jours, ils virent au blanc« . Le temps se couvre et un vent frais se lève, chacun espère que l’eau va se rafraîchir, un orage serait le bienvenu. « Surtout pour les professionnels mais vu ce qui se passe ici, ils doivent être bien impactés » commente Jean Claude en regardant la rive d’en face.

Il est 16H00, tout le monde sort de l’eau, trop trouble. Trouble sans doute à cause de tous les organismes morts et les poissons crevés sur les rives. Sur l’eau, flottent  des débris blanchâtres à mauvaise odeur de soufre, conséquence de la décomposition. C’est l’odeur de la malaïgue, dans le temps lorsqu’elle arrivait les anciens savaient qu’il était l’heure de partir à Issanka, pour se rafraichir à l’ombre des grands arbres.

 

*Occitan: »la mauvaise eau fait des ravages »

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