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2 février 2018
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Maguelone l’île des pirates

Maguelone était autrefois une île, citée par les historiens avec Elne (Pyrénées Orientales), comme un lieu où la piraterie a sévi en Languedoc Roussillon. Sa cathédrale forteresse témoigne de ces temps agités mais aussi son autre nom: Port Sarrasin. Maguelone est un haut lieu symbole de l’histoire du Languedoc, étroitement liée à Montpellier dont les premiers habitants furent, sans doute, des rescapés des raids de pirates.

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Aujourd’hui reliée au continent par un cordon de sable, Maguelone était autrefois une île. Une des deux seules îles du Languedoc Roussillon, avec le Brescou à Agde,  et également d’origine volcanique (http://capmeroccitanie.fr/agde-la-sulfureuse/).

Point n’est besoin d’être grand clerc pour comprendre que tout comme le Brescou, depuis l’Antiquité, Maguelone a servi de refuge aux navigateurs phéniciens, phocéens ou romains, sur ce golfe du Lion réputé pour ses terribles tempêtes. Les lieux ont du être utilisés par les marins depuis que le commerce a pris onde en Méditerranée.

Maguelone, face à l’Afrique et aux Baléares était un lieu stratégique.Vers 462, Iwamba, le roi des Wisigoths en fit le siège par la mer. Le royaume wisigoth s’étendra du nord des Pyrénées au Narbonnais. Ce territoire va constituer la Septimanie qui regroupera les sept évêchés relevant de l’archevêché de Narbonne : Béziers, Carcassonne, Agde, Maguelone, Lodève, Nîmes et Elne.  L’évêché de Maguelone fut créé entre 570 et 589, le premier évêque connu, Boetius, est représenté par son archidiacre Geniès au concile de Tolède.

 

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En 507, Les Wisigoths sont vaincus par les Francs. Après l’effondrement du royaume wisigoth et pendant la période des rois fainéants, les sarrasins après avoir conquis l’Espagne arrivent en 719 aux portes de Narbonne tandis que la flotte se déploie jusqu’à Maguelone qui tombe entre  leurs mains.

L’île de Maguelone, est considérée comme un lieu stratégique. Elle est rebaptisée Port Sarrasin. En 750, Charles Martel repousse les Sarrasins à Sigean et ravage la Septimanie.

Pour éviter que les sarrasins ne reviennent à Maguelone, il détruit le site. L’évêque, les chanoines et les habitants abandonnent l’île et se réfugient à Substantio (actuel Castelnau-le-Lez près de Montpellier).

Les habitants partis de Maguelone seraient parmi les premiers qui ont permis la création de Montpellier. Après le départ de Charles Martel, l’île abandonnée fut fréquentée pendant 3 siècles par tout ce que la méditerranée comptait de pirates et forbans.

Vers l’an Mil, un évêque et des chanoines sur l’île décident de revenir en force sur les lieux et ils reconstruisent une cathédrale sur les ruines de la première.

 

Pour limiter les attaques des malandrins qui arrivaient par la mer, les religieux comblent  le grau permettant la communication à la méditerranée. Mais la piraterie va continuer comme en témoignent les archives de Montpellier.

Sévissent les sarrasins jusqu’à la chute Del Andalus vers 1400 mais aussi les Catalans, les Majorquins et les Génois qui infestaient tellement les côtes du Languedoc que Narbonne, Beaucaire et Montpellier durent écrire au roi de France Philippe de Valois   pour implorer sa protection.

Des confréries religieuses s’organisent pour aller racheter les captifs notamment à Alger.

Les juges d’Aigues-Mortes sont priés de laisser passer les barques de commerce par le grau du lieu pour rejoindre le port de Lattes par les lagunes tant la mer à cet endroit est infestée de pirates.

En 1517, le vicaire de Maguelone lance un appel aux dons pour que les religieux de Sainte Trinité aillent racheter des captifs embarqués par les forbans lors de raids. Deux ordres religieux, les Trinitaires et les Rédempteurs de Notre-Dame de-la-Merci, avaient pour rôle de racheter les prisonniers.

En 1534, la situation ne s’est pas améliorée, l’évêque de Maguelone réclame le transfert de son siège épiscopal à Montpellier à cause des désastres causés par les pirates.

Mais de temps en temps, les gens du cru s’arrangeaient aussi pour commercer avec les pirates sarrasins, en témoigne ce reproche adressé par le pape Clément IV à l’évêque de Maguelone et à Alphonse, Comte de Toulouse qui faisaient frapper de la monnaie  melgorienne avec des légendes arabes: « quis enim catholicus monetam debet cudere cum titulo mahometi? »  (des catholiques avec de la monnaie de Mahométans…)

 

 

L’île fut à nouveau abandonnée vers 1520. A cause de son isolement et de l’insécurité. Les évêques avaient déserté depuis longtemps préférant les abords de Montpellier plus sécurisée,  commerçante et prospère.

Maguelone ne s’en releva pas. Au cours des siècles, on vint se servir sur ses bâtiments. Des pierres auraient servi à la construction du canal du Midi. En 1830, un moine en visite se désolait de la profanation des tombes et tombeaux de la cathédrale. Aujourd’hui devenue une presque île liée au continent par une passerelle amovible, Maguelone offre des paysages préservés et sauvages. Il suffit de regarder au large pour imaginer les temps où les vaisseaux pirates arrivaient pour semer la terreur.

Et à la belle saison, des fleurs de lys qui poussent au milieu des ronces rappellent qu’autrefois des gens ont survécu ici.

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