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vendredi, février 6, 2026

Sète, l’autre cimetière marin disparu

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Ruelle du Chant des Vagues

 

Plus proche de la mer que l’actuel cimetière marin de Sète, vers le fort Saint Pierre, le lieu comportait deux parcelles, l’une catholique, l’autre protestante . Appelé cimetière du Fort Saint Pierre, il a été créé en 1866 et fermé 11 ans plus tard. Faute de places. Par la suite,  il a connu d’incroyables rebondissements: court de tennis, colonie de vacances prisée sous le Front Populaire, hôpital pour réfugiés espagnols de la Retirada et enfin le stade Barrat.

«  Il s’agissait là bien d’un cimetière dont le projet de création a été validé par le conseil municipal le 23 septembre 1861. Nous n’avons pas trouvé d’appellation officielle pour ce cimetière qui est désigné comme le cimetière aux quartiers du Fort Saint Pierre, cimetière commun ou encore cimetière de l’Ouest  » explique Clémentine Markidès, directrice des Archives Municipales de Sète.  » La création « des nouveaux cimetières » répond ensuite à une demande formulée par l’église protestante car l’espace dont disposaient les Réformés dans le cimetière Saint Charles, plus communément connu sous le nom de cimetière marin, n’était plus suffisant. »
Paul Valéry avait tout juste cinq ans lorsque le cimetière marin dit du Fort Saint Pierre a été fermé par l’arrêté municipal du 3 novembre 1877, y interdisant, faute de place, toute inhumation, ainsi qu’au cimetière Saint Charles (actuel cimetière marin). Le nouveau cimetière le Py, là où repose le grand Georges, alors appelé dédaigneusement « le Ramassis » prenait le relais.

La ruelle du Chant des Vagues

Si le cimetière du Fort Saint Pierre était resté, peut-être qu’il se serait rejoint avec le cimetière marin, peut-être les poètes auraient-‘ils été encore plus inspirés car la parcelle offrait une vue encore plus exceptionnelle sur la mer située à moins de cent mètres. La mer qu’on entendait même de là, car il était tout près d’une petite impasse, encore très prisée aujourd’hui par les photographes et les amoureux sétois, la rue du Chant des Vagues.

« Laisser la terre aux vivants », le credo des associations crématistes a été le casse tête des municipalités à Sète dès le début du 19ème siècle. La quasi insularité, l’arrivée en masse de populations laborieuses et miséreuses, les épidémies, un taux de mortalité élevé ont vite posé un énorme problème de place. A l’époque, pas question de crémation, sous la pression des laïcs, l’Etat français ne les a autorisées qu’en 1887 et l’église catholique a cédé sur le chapitre qu’en…1963. Ce qui a donné un répit salutaire au cimetière le Py. Un répit.
De 9000 habitants en 1830, le port de Sète atteint les 37000 habitants vers 1880. Avec les vapeurs, le port est devenu une plaque tournante mondiale d’expédition de vins. Les emplois générés se comptent en milliers attirant une main d’œuvre des départements pauvres et ruraux de l’Occitanie actuelle: Ariège surtout mais aussi Aveyron, Tarn, Lozère. On s’entasse près du port, dans le quartier Haut, pour être prêt à saisir l’embauche qui se fait à la journée.

 

Fièvres et épidémies déciment surtout les enfants

Aussi sur l’état civil, décès ou mariages, la première profession est « journalier ». Une appellation qui recouvre ceux qui peuvent œuvrer tour à tour comme docker, pêcheur occasionnel, charretier, charbonnier, ouvrier aux chais dans la tonnellerie. Le flux migratoire important et les naissances vont couvrir le nombre de décès. De 1866 à 1877, pendant l’ouverture du cimetière dit du Fort Saint Pierre, on enregistre en moyenne 700 décès par an sur une population de 25 000 habitants mais il y a environ 800 naissances (en 2017, 43229 habitants , 582 décès,environ 485 naissances) .
L’étude des décès amène un terrible constat, ce sont les enfants des journaliers qui paient le plus lourd tribut, pour les adultes rares sont ceux qui atteignent la soixantaine, on meurt le plus souvent entre 34 et 40 ans. Ce qui corrobore l’étude des services des Ponts et Chaussées de l’Hérault (1868) qui démontrait que la durée moyenne de vie sur les secteurs littoraux héraultais était voisine de 20 ans et la moyenne nationale de 37 ans.
La faute aux moustiques et diverses fièvres, paludisme, typhus, tuberculose et variole. La promiscuité des logements faisait le reste, même si l’eau arrive d’Issanka dans les années 1860, il faut aller la chercher sur des points de fontaine. Autre vecteur, l’arrivée des vapeurs et des équipages contaminés, en 1880, une épidémie de variole en Bretagne a été attribuée au fait que les morutiers du cru allaient déposer leurs poissons à la sécherie de Sète.

Et enfin les épidémies locales sont le plus souvent soigneusement tues. Le port de Sète d’alors est le cœur de la ville, pas comme maintenant isolé derrière des grilles et loin des regards. La ville et la presse locale vivent au rythme des arrivées des bateaux. Déclarer une épidémie c’est prendre le risque de voir les bateaux armés à Sète subir une quarantaine, voir les bateaux étrangers se détourner vers Marseille, ce Marseille ennemi vilipendé par la presse Sétoise de l’époque qui l’accuse régulièrement de répandre des fausses rumeurs pour saborder l’économie du port de l’île Singulière .

Le cimetière marin de Sète aurait pu disparaitre aussi…

Avant 1804 et l’édit de Napoléon qui interdit les sépultures autour des églises et temples, il est vraisemblable qu’à Sète existaient ce genre de petits cimetières, on relève vers 1750 des inhumations autour de l’église disparue des Pénitents (ordre de St François dit Picpus), vers le quai de la Consigne. Mais aussi les tombes du XVIIIème siècle du petit cimetière Saint Joseph aux Métairies, ce dernier a survécu et on ne peut le visiter qu’une fois par an à la Toussaint. Le cimetière marin de Sète a survécu aux autres en 1804, car le lieu d’inhumation correspondait aux directives du décret napoléonien: il était en hauteur et à une quarantaine de mètres d’habitations.

Plans cimetières de Sète (1860, archives municipales de Sète)

Selon un plan des Archives Municipales de Sète, en 1862, le célèbre cimetière marin de Sète était scindé en deux parties, une partie haute avec le petit cimetière privé de l’hospice Saint Charles, avec un carré protestant. Puis une partie basse, dit cimetière commun du Fort Saint Pierre, avec également un carré protestant. La partie basse est presque restée telle quelle de nos jours, c’est la partie haute, du cimetière privé de l’hospice Saint Charles qui s’est développée. Le cimetière gardera le nom de Saint Charles jusqu’en 1945 date à laquelle, rendu célèbre par Paul Valéry, il prendra le nom de marin tant dans sa partie basse que haute.

1 cimetière commun du Fort Saint Pierre et le carré protestant en jaune, 2 cimetière privé de l’Hospice Saint Charles et carré protestant en vert, 3 projet du nouveau cimetière commun également dit » du Fort Saint Pierre » avec carré protestant.
Plan du projet du cimetière (Archives municipales de Sète)

On relève également en 1862, le cimetière pour catholiques de la Bordigue, (à l’emplacement actuel de l’eau d’Issanka quai des Moulins) ouvert de 1842 à 1866, il possède un carré musulman, une centaine de tombes. Il s’agit là de prisonniers Algériens, déclarés rebelles après la conquête de 1847. Déportés sur des forteresses en France et internés au Fort Saint Pierre à Sète, ils ont sans doute été forcés à travailler sur divers chantiers, dont le creusement du canal et la montée dite « rampe des Arabes » autrefois « rampe des Bédouins ».

Le cimetière de la Bordigue sera fermé car la ville a des projets industriels sur le site. Se pose le souci de transférer les tombes et le cimetière commun « marin » est à saturation dont le carré des protestants. Ils sont alors près de 9000 à Sète, leur influence a grandi avec de grandes familles d’armateurs comme les Busck. Les protestants de Sète veulent leur nouveau cimetière, comme Montpellier a le sien, en vertu du décret napoléonien de 1804 qui prescrivait aux communes d’affecter à chaque culte un cimetière (A noter qu’en 1884 cette exigence a été abolie mais l’influence des protestants s’est accrue, en 1892 un maire protestant est élu à Sète le Dr Ernest Scheydt) .
Sans doute faute de trouver des parcelles autour des cimetières existants, le choix fut fait d’installer un nouveau cimetière sur une autre parcelle située à une centaine de mètres, toujours rue Jean Vilar, au début de la Corniche.
Cela va provoquer des conflits avec les riverains. Car même si tous voulaient un petit trou moelleux comme le chantait Brassens, personne n’en voulait près de chez lui. Et quelques belles demeures commençaient à s’ériger sur cette partie de la rue Jean Vilar. La municipalité a tenu bon, le ou plutôt les cimetières également dits « du Fort Saint Pierre » furent créés en 1866, 2 cimetières contigus comme le démontrent les cartes de l’époque, un protestant l’autre catholique et séparés par un mur selon les dispositions du décret napoléonien.

« Il semble rapidement devenir insuffisant à son tour puisque dès 1868, le conseil municipal discute des problèmes liés aux insuffisances des cimetières. En effet, la délibération du 10 juin 1868 indique que le nouveau cimetière commun est déjà rempli, à tel point que les inhumations doivent être à nouveau effectuées dans l’ancien cimetière Saint Charles » précise Clémentine Markidès.

Où sont passées les milliers de sépultures?

Portail du cimetière (Archives municipales)

De 1866 à 1877, date de la fermeture du cimetière du Fort Saint Pierre, on a enregistré près de 8476 décès à Sète. Certes, des défunts ont du bénéficier des caveaux familiaux de Saint Charles et les pauvres partir à la fosse commune, n’en reste pas moins que les 4000 m2 des deux parcelles du nouveau cimetière de Fort Saint Pierre ont du recevoir plusieurs milliers de sépultures. La crise du « logement » en cimetière était si aiguë qu’en 1875, le maire de Sète a du s’excuser auprès du pasteur d’avoir envoyé une défunte de confession juive au cimetière protestant.

Mais l’histoire du cimetière du Fort Saint Pierre ne s’arrête pas en 1877. A cette date, il est fermé ainsi que le cimetière « marin » Saint Charles. Les inhumations se font désormais sur le cimetière de Py.

La municipalité de Sète va décider de conserver Saint Charles (l’actuel cimetière marin)mais de raser le cimetière du Fort Saint Pierre.
Dans les années 20, les tombes ont disparu, le plus ancien club de tennis de Sète, le TC Mas Viel, précise dans son historique « qu’en 1826, un certain nombre d adeptes constituèrent une association « le Tennis Club Cettois » avec deux courts de tennis aménagés sur les deux parcelles…de l’ancien cimetière. Quid des quelques milliers de tombes tant côté protestantes que catholiques? Pour l’heure les archives de la ville ne permettent pas de le dire. « De manière générale, s’il s’agit de concessions perpétuelles, les tombes sont déplacées, on parle de translation » explique t’-on aux archives municipales de Sète  . » Dans le cas de tombes en déshérence ou de concessions temporaires où la famille n’a pas prolongé le contrat, les restes des corps sont transférés dans l’ossuaire communal ou incinérés et répandus dans le jardin du souvenir. Cette dernière pratique est cependant relativement récente » . Il est vraisemblable et reste à espérer… que de 1900 à 1920, en vingt ans, les milliers de sépultures ont bien été transférées sur le Py. Un travail de titan à la pioche.

La colo du Front populaire sur le terrain du cimetière

Après le départ des premiers joueurs de tennis de Sète sur le Mas Viel aux Métairies, une colonie de vacances s’installe sur le site de l’ancien cimetière. La mairie, en connaissance ou pas de l’ancien cimetière, loue la parcelle aux Jeunesses Laïques et Républicaines.
Nous sommes en 1936, avec le Front Populaire et les congés payés, les « colos » ont le vent en poupe et surtout celle des Jeunesses Laïques et Républicaines de Sète. Les Jeunesses Laïques et Républicaines sont noyautées par la SFIO, l’ancêtre du parti socialiste.

Des ministres comme Jean Zay ont fait partie des fameuses jeunesses mais aussi Jean Moulin. Les politiques de l’actuelle région Occitanie ont eu une énorme influence sur le gouvernement du Front populaire: Léon Blum, chef de ce gouvernement est député de Narbonne, Vincent Auriol de Muret est ministre, comme Albert Bedouce maire de Toulouse, Jean Moulin est chef de cabinet d’un ministre et … Jules Moch*(voire notre encadré) le secrétaire général du gouvernement, un grand ami de Léon Blum, deviendra député de Sète et ministre. Sans parler de l’influence du sétois Mario Roustan, sénateur de l’Hérault, ministre de l’Education Nationale en 1936 sous le gouvernement Laval.
Aussi le camp de vacances ouvert par les Jeunesses Laïques et Républicaines à Sète, où est édité le journal du mouvement , bénéficie d’un large écho dans la presse parisienne notamment dans le très influent Paris Soir. Le camp de vacances est en partie sur l’ancien Lazaret catholique de la Corniche et l’autre partie sur « l’annexe »… l’ancien cimetière.
Et on a presque envie de rire lorsque le reporter de la Dépêche de Toulouse, en visite sur les lieux, cite dans son article des strophes du cimetière marin de Paul Valéry. Il ne croyait pas si bien dire… Un long article, au ton dithyrambique et ampoulé propre à l’époque, mais un témoignage précieux sur une « colo » sous le Front Populaire.


La description de l’emploi du temps ferait frémir d’horreur n’importe quel ado de notre époque. Pensez donc, lever à 7 heures et inspection des chambres, 7H15 gymnastique, 8H petit déjeuner et ménage jusqu’à 9H30, après 9H30 marche à pied, une visite médicale par jour, et enfin, ouf, baignade!
Les enfants viennent de toute la France. Selon le reporter de la Dépêche, « autour de vastes cours plantées d’acacias » plusieurs villes de France ont édifié des pavillons avec leurs noms « Millau » « Villeurbanne » « Villefranche sur Saône » et notamment sur « l’annexe inaugurée récemment, à quelques centaines de mètres de là, sur le flanc du Mont Saint Clair« . En clair, la mairie de Sète a loué l’ancien terrain du cimetière mais le savaient t-‘ils encore presque 40 ans plus tard? si oui, manquaient-ils à ce point de terrains non loin de la Corniche?

Cimetière reconverti en camp de vacances du Front popu

Des blessés de la Retirada transférés sur le camp

La colo va joyeusement exister jusqu’à l’été 1938. Les évènements tragiques de la chute du gouvernement républicain espagnol vont précipiter sa fermeture. En 1936, le Front populaire, sous la pression de la droite et des radicaux ne s’est pas engagé à soutenir les républicains espagnols.
Mais en sous main, Jules Moch le député de Sète et le ministre Pierre Cot aidé par son chef de cabinet Jean Moulin, sont chargés d’acheminer en secret des armes aux républicains espagnols. Jules Moch, un ami de Léon Blum, a été parachuté dans la circonscription de Sète, fortement appuyé par la section SFIO locale. Il est de confession juive tout comme Léon Blum et le maire de Sète Albert Naquet.
Des centaines de Républicains Espagnols logés à la colo des Jeunesses Laïques et Républicaines dont l’entrée ressemble étrangement au plan du portail du cimetière du Fort Saint Pierre.
Moch deviens la bête noire du puissant journal régional de droite catholique l’Eclair, basé à Montpellier. L’Eclair, disons le tout net est antisémite et mène aussi une campagne ignoble, ad nauseam , contre les républicains espagnols réfugiés. Le quotidien accuse Jules Moch, baptisé « le cousin », entendre par là cousin de Blum, d’avoir monté un trafic d’armes à destination des républicains espagnols via le port de Sète. Pis, on lui reproche même de par son influence d’avoir épargné à Sète d’avoir le camp d’internement qui sera finalement construit sur Agde.
Quoi qu’il en soit, Sète prendra sa part dans l’accueil des républicains espagnols. Pour délester les camps du Roussillon, toutes les colonies de vacances de Sète mais aussi l’établissement Hélio-Marin et l’hôpital Saint Charles ont logé des centaines d’enfants et de femmes. Pour exemple, la colonie de vacances des Jeunesses Laïques et Républicaines de Sète a hébergé de mars à novembre 1939, près de 2254 réfugiés espagnols, femmes et enfants et surtout près de 1300 combattants espagnols blessés qu’il fallait soigner à l’écart.

Le port de Sète accusé de trafic d’armes

Eté 1939, le camp des Jeunesses Laïques et Républicaines n’héberge plus qu’une poignée de réfugiés blessés. A Sète, on savoure encore d’être pour la seconde fois, après la victoire du FC de Sète en 1934, champion de France de football. Mais le bruit des bottes allemandes résonne. Pourtant, l’Eclair continue ses collectes de dons en faveur de Franco, parle avec déférence de monsieur Hitler et prends la défense du nouveau consul franquiste espagnol de Sète.
Le sieur se plaint d’avoir eu du mal à trouver la clé de ses locaux « égarée », qu’on lui a volé ou cassé tout le mobilier… et surtout que les sétois prennent un malin plaisir à l’empêcher de réquisitionner des containers d’armes qui ont finalement pris la poudre d’escampette sous son nez à bord d’un bateau.

Le député Moch sera encore accusé d’être dans le coup puisque il séjournait alors à Sète. Il est possible que des armes à destination des républicains espagnols aient été acheminées par cabotage à partir de Sète. En 1937 déjà, il était étrange qu’une compagnie sétoise nouvellement créée s’empresse de revendre « Le Ville de Sète » à France-Navigation, une compagnie maritime qui fut démantelée à Marseille par le gouvernement de Vichy à cause de ce trafic d’armes aux républicains.

Les Allemands réquisitionnent le terrain

En 1943, sur la Corniche, le camp des Jeunesses Laïques et Républicaines, ancien lazaret catholique est déserté, dans la cour et sur le rivage les allemands ont installé des postes et tobrouks . Avec le Fort Saint Pierre ultra militarisé à côté, l’annexe de la colo est aussi réquisitionnée comme tous les terrains en première ligne de mer. L’annexe est cernée par des bunkers dont certains encore visibles de nos jours. Et selon les photos aériennes les allemands semblent y avoir construit des dépôts de munitions.

Après la guerre, l’ancien terrain du cimetière du Fort Saint Pierre sera bétonné et deviendra le stade Barrat, du nom d’un jeune résistant déporté Jean Marie Barrat.

Les Sétois de plus de 75 ans dont des riverains du terrain du cimetière disparu ne se souviennent que du stade Barrat. Il fut désaffecté en 1978.
1992, les terrains du cimetière et de la colonie de vacances sont désormais occupés par de belles villas et une grande résidence, la Corniche a été bétonnée. Certes, les acacias ne refleuriront plus mais la terre est revenue aux vivants, « le vent se lève toujours et il faut bien vivre » disait le poète…

 

Anne Oriol-Tailhardat

 

*Jules Moch s’est comporté de façon héroïque jusqu’à la guerre. Il a fait partie des députés qui ont refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain (contrairement à Mario Roustan et au maire de Béziers Albertini). Il s’engage dans la Résistance avec son fils qui sera assassiné par des miliciens. Plusieurs fois ministre après la Libération, en 1947, il réprime durement les grandes grèves en envoyant la troupe et en créant les compagnies de CRS. Il y eut des dizaines de morts, d’où le fameux sloggan CRS-SS, les mineurs grévistes subirons des dégradations militaires, impossibilité même pour leurs enfants de retrouver un emploi… Plus récemment un autre dossier est sorti contre Jules Moch, en 1950 dans le contexte de la guerre froide, l’opération Boléro-Paprika: arrestation et déportation de près de 288 communistes étrangers dont 177 républicains espagnols, parfois d’anciens résistants. Jules Moch,la bête noire des communistes et qui se disait « le député le plus insulté de France », fut réélu député de l’Hérault jusqu’en 1972. Sète, où une place porte son nom, lui doit beaucoup, après 1945, il a activement contribué à la reconstruction et l’essor du port en tant que Ministre des Transports et des Travaux publics.

Bibliographie
Remerciements aux Archives Municipales de la Ville de Sète
. Jules Moch, un socialiste dérangeant
.Rapport au Ministère de la culture de Monique Motais « Faire le docker »
.Vincent Parello « Des camps de réfugiés espagnols de la guerre civile dans l’Hérault »
.QUATREFAGES René, « La politique française de non-intervention et le soutien matériel à la République espagnole pendant la guerre civile (1936-1939)
.GRISONI Dominique-Antoine, HERTZOG Gilles, Les Brigades de la Mer, Paris, Grasset, 1979.
. L’Eclair de 1936 à 1939 , AD de l’Hérault
.Une circulation transméditerranéenne forcée : l’internement d’Algériens en France au XIXe siècle, Sylvie Thénault

Occitanie: Südwall, les bunkers de nos plages

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Plage d’Agde dispositif typique allemand. Photo collection David Mallen

Du Grau du Roi à Cerbère, chaque année amène son lot de découvertes d’engins explosifs sur les plages où les Allemands ont construit le même type de fortifications que sur le mur de l’Atlantique. Un patrimoine historique d’abord méprisé, puis ignoré voire détruit. Aujourd’hui , de rares municipalités mettent en valeur ce qu’il reste du Mur de la Méditerranée, pourtant certains sites sont exceptionnels.

« C’était le 6 mai 1952, nous étions cinq enfants de huit ans , occupés à traquer un lézard , c’était près du musée Paul Valéry, il y avait là une plate forme faite par les Allemands, un poste de tir. Nous étions habitués, c’était sept ans après la guerre, sous le sémaphore il y avait plusieurs bunkers mais, hélas, nous ne nous doutions pas du drame qui allait se produire. » raconte encore avec beaucoup d’émotion le sétois René Puyelo « Le lézard est entré sous ce qui semblait être une grosse pierre, en fait ce devait être un encuvement de la batterie. Pour déloger le lézard, nous avons amassé bois et feuilles pour l’enfumer, à peine le feu mis, une explosion s’est produite. C’était un obus. Oliva, notre ami est mort sur le coup, frappé au coeur par un fragment et les quatre autres ont été diversement blessés, dont un grièvement atteint aux poumons. Un drame qui a endeuillé la rue Franklin où nous habitions tous ».

Mine du port de Sète, exposée à la Plagette

Restes des installations allemandes du Mur de la Méditerranée, en 2020, on détruit encore en moyenne près de 500 engins explosifs en Occitanie et Paca. Un groupe de plongeurs démineurs le GPD Med interviens spécialement avec un chasseur de mines le Capricorne M653 et bientot  des drones créés par Thalès.

Et le sujet reste préoccupant, chaque année, des plages et même des campings sont  évacués, la puissance des engins est parfois impressionnante: 5 bombes de 50 kg sur une plage de Toreilles (Pyrénées Orientales), 3 obus de près d’une tonne repérés par des touristes à Sète en août 2013, ces derniers provenaient d’un « fourneau » trou creusé à la hâte à la fin de la guerre pour y enfouir et faire exploser les « engins indésirables », certains n’ont pas explosé…dans ce  déminage sommaire de nos côtes, car l’attention et les efforts se portaient alors sur les plages de la Manche et de l’Atlantique.

Ce qui explique un déminage plutôt intensif ces vingt dernières années… à L’Espiguette au Grau du Roi, à Palavas, à Agde où en 2017 le camping naturiste a été évacué. Et le danger permanent des roquettes, certaines méconnaissables car recouvertes de concrétions . Avec leur forme allongée et évasée, des plongeurs ou promeneurs non avertis peuvent les confondre avec des vestiges d’amphores.  Chaque été, les consignes de prudence sont à rappeler car pour la grande majorité des français les bunkers et les bombes c’est plutôt du côté de l’Atlantique et de la Manche.

 

Le Sudwall: Mur de la Méditerranée

En 1942, les Allemands envahissent la zone « nono » (non occupée), ils arrivent en Occitanie. Au printemps 1943, Hitler lance la construction du Mur de l’Atlantique. Fin 1943, redoutant aussi un débarquement en Provence, les mêmes fortifications (Bunkers, tobrouks, batteries MKB et Flak) commencent à être édifiées de Menton à Cerbère. Le Südwall ou mur de la Méditerranée va s’étaler sur les deux cent kilomètres de plages de l’Occitanie. Les constructions  sont faites par des RAD, dimunitif de Reichsarbeitsdienst, un service civique pour les jeunes allemands. Sont également enrôlés de force des prisonniers politiques, surtout des réfugiés espagnols mais aussi des locaux, à Toreilles, pour le STO, une vingtaine d’habitants doivent pointer chaque matin sur la place du village.

Canon allemand à Port Vendres (Occitanie Sûdwall)

Au Grau du Roi, on chasse les habitants de leurs maisons pour construire les fortifications. Rommel en personne est venu inspecter ces structures en  1944 en Camargue, il ira également à Sète et Agde.
Les Allemands ont la pression, pour les forcer à garder leurs troupes au sud et qu’ils peinent à trouver du béton et de l’armement, les Alliés multiplient les campagnes de désinformation. Les opérations Zeppelin et Vendetta, par de faux rapports envoyés aux’espions et contre espions, visent à faire croire à un débarquement sur Sète ou Port la Nouvelle.

Les fortifications du Südwall seront construites gré des renseignements vrais ou faux recueillis par les Allemands, de leurs analyses du terrain, de la topographie des plages. Comme sur l’Atlantique et la Manche, les ports sont fortement défendus avec des filets anti sous marins. A Sète et à Port Vendres, ils s’appuient sur les fortifications de Vauban.

 

Bunker du Pont Levis Sète

« Le fils d’un Allemand qui tenait le canon anti aérien de la Flak du Pont Levis est venu  visiter l’an dernier « expliquent Patrick et Lucienne, voisins du dernier bunker encore entier et visible à Sète , les fondations de leur maison reposent sur un autre bunker du lieu »cet allemand a expliqué qu’ensuite son papa a été déplacé sur la plage du Castellas, là ou il y a le petit fortin, la redoute du 17 ème siècle, ils ont du s’appuyer dessus« .
Sur le bord de mer de l’Occitanie, en 1943, chaque embouchure  de fleuve comme le Lez à Palavas ou l’Hérault à Agde est doté de batteries et d’un chapelet de Bunkers encore visibles et impressionnants (Tamarissière).

Tamarissière
Le plus beau site de bunkers en Méditerranée française. Agde Tamarissière

Si les bunkers et autres fortifications sont les mêmes que sur le mur de l’Atlantique, suivant les plans de l’organisation Todt, groupe de génie civil et militaire allemand, en revanche, le Mur de l’Atlantique étant prioritaire, l’armement va cruellement manquer sur le Südwall. Avec de la récupération de canons russes, italiens et même français de 14/18. Au mieux, certaines grosses batteries anti aériennes ( Flak ou DCA allemande) vont bénéficier des fameux canons 88mm, qui équipent aussi les redoutés tanks Tigre.

Les canons de marine d’une portée de 20 km pouvaient atteindre une vaste zone, ceux installés à  Saint Pierre la Mer couvraient Port la Nouvelle et Valras. Les entreprises de BTP locales et nationales ont fourni  béton, fournitures et main d’oeuvre spécialisée réalisant des chiffres d’affaires faramineux. Seules quelques unes parmi les plus importantes ont été condamnées pour collaboration en France.

Autre site exceptionnel : les bunkers de Romandils (Port la Nouvelle) dans un paysage de garrigue

Sur les plages d’Occitanie, les problèmes de construction ont été liés à l’ensablement, la présence des lagunes. C’était bien avant le plan Racine et les stations balnéaires, beaucoup de plages étaient désertes avec des nuées de moustiques. Sur certaines zones marécageuses non considérées à risques, entre la Grande Motte et le Grau du Roi, les allemands se contentaient de quelques tobrouks, des chevaux de frise, des pieux, des plots en béton et des mines en mer et sur l’arrière de la plage.

Même si c’était mieux que le front de l’Est, on peut imaginer le quotidien des soldats dans les bunkers et tobrouks: humidité et froid l’hiver, chaleur étouffante l’été, l’isolement… et les moustiques  qui pullulaient.
Côté habitants , c’était pire, parfois chassés de leurs maisons…et sur le littoral la pêche permettait  de survivre tant bien que mal à la disette de la guerre. Mais entre  les énormes mines en mer et les filets anti sous marins, les pêcheurs des ports et des villages ne pouvaient plus sortir.
Au moment de la défaite, les Allemands sont partis en faisant sauter à la hâte quelques installations. Le Südwall en Occitanie n’était pas achevé et n’a jamais servi, les Alliés ayant débarqué en Provence.

Photo aérienne du Boucanet 1950, l’autre site de bunkers du Grau du Roi, il ne reste au Boucanet que la vision d’un toit de bunker sur la plage

« En 1955 quand on allait au camping du Boucanet au Grau du Roi, il y avait plusieurs bunkers qui se voyaient de loin. Et des tobrouks presque tous les kilomètres jusqu’à la Grande Motte « se souvient Simone Mino «  Aujourd’hui au Boucanet , on aperçoit juste le toit d’un bunker enfoui et du côté du Seaquarium c’est pareil. Reste ceux de l’Espiguette, autour du phare mais ils s’ensablent aussi« .

Les blockhaus ont d’abord suscité des sentiments presque de haine, reste d’un ennemi honni. Puis ils se sont ensablés, enfoncés dans l’indifférence générale. Parfois considérés comme des verrues, ils ont été détruits comme la casemate en bordure de la plage de Portiragnes en 2007. Souvent, on a du  les murer par mesure de sécurité, comme à Sète, encore récemment, un abri sur la plage de la Corniche.  Dans le port, encore en 1965, les enfants s’amusaient à découvrir les souterrains creusés par les Allemands tant aux Ramassiers qu’à Saint Clair. L’urbanisation est passée par là et nulle loi ne protégeait les bunkers.
« Nous on l’aime notre bunker, c’est original, c’est historique, on espère que la municipalité ne va pas le détruire » s’inquiètent Patrick et Lucienne, riverains de la casemate du Pont Levis à Sète.

Collioure à l’heure allemande

Que reste t’-il de Südwall?

Alors que sur l’Atlantique des maires ont pris l’initiative de mettre en valeur ce patrimoine, qu’à Marseille l’idée a fait son chemin et que les sites de bunkers se visitent pour deux euros la ballade guidée, en Occitanie il y a peu d’engouement autour du sujet. Pourtant les rares installations qui se visitent ne désemplissent pas: un bunker infirmerie a été restauré dans un camping d’Agde par les soins d’une association subventionnée par la mairie, à Gruissan un blockhaus attire pas mal de monde en été, à Toreilles la seule casemate classée de la région  a son petit succès. Autant le dire: c’est dommage, l’Occitanie possède sans aucun doute les sites les plus exceptionnels de la Méditerranée française avec entre autres les Romandils, Agde Tamarissière, Cap Gros, L’Espiguette.

En 2006, un site de passionnés de bunker-archéologie « Südwall » a commencé à recenser quasiment tous les vestiges du mur de la Méditerranée en Occitanie(http://sudwall.superforum.fr/).
« On prenait nos voitures, parfois nos vacances pour sillonner, enquêter. Il faut avoir l’œil, les bunkers se fondent dans l’environnement, par exemple, il y en a un à l’entrée de Marseillan, je suis sûr que des gens passent tous les jours devant sans le voir » explique David Mallen, auteur et passionné de bunker-archéologie. C’est lui qui a restauré le bunker infirmerie d’Agde avec à l’intérieur des meubles et objets d’époque « après les visites, les gens et même des allemands m’ont envoyé ou rapporté des objets, des photos« .

Site exceptionnel du Cap Gros la Mauresque.

Aujourd’hui, beaucoup de bunkers ont disparu, ensablés ou enfouis sous la végétation ou murés car trop dangereux comme ceux de l’ancienne station radar Maultier vers le mas de Causses à Lattes.( https://www.ansermoz-photography.com/fr/quoi/bunker-abandonne-lattes-france/). (http://www.maquetland.com/article-1146-allemagne-montpellier-lattes-1943-la-station-radar-maultier.)

Agde Tamarissière.

Agde,  la plage de la Tamarissière, possède  l’un des plus beaux sites méditerranéens de Südwall. Dès le parking qui mène à la plage et au camping, on a le souffle coupé par la vue d’énormes blockhaus qui sommeillent sous les pins parasols. Un circuit d’un kilomètre vous mène d’abord sur la plage où se trouvent deux blockhaus côte à côte.

L’étonnant camping de la Tamarissière

A l’arrière de la plage, une quinzaine d’installations sont à débusquer . Le camping de la Tamarissière doit être l’un des rares en France à avoir une vingtaine de structures dans son enceinte, l’expérience de camper à l’ombre d’un bunker, avec des douches et lavabos! Certains abris sont étonnants,  avec leurs formes oblongues, bien conservés, le clou étant le bunker infirmerie qui se visite l’été.

Ce site exceptionnel,  car il reste une trentaine de bunkers sur les cinquante d’origine, permet de comprendre toute l’organisation autour des casemates, logements, réfectoire, infirmerie, munitions, eau, nourriture… A voir absolument, avec, bien entendu, l’autorisation de la direction du camping. (Détails des bunkers agathois dans  « Agde sous l’occupation allemande ». De David Mallen)

Palavas: autour des 3 canaux (peu accessibles à voir de la passerelle)

Sète: il ne reste pas grand chose car les Allemands se sont appuyés sur des fortifications anciennes. L’urbanisation est passée sur les quelques constructions de la carrière des Ramassiers où jusque en 1965 les enfants exploraient  les souterrains; on peut voir encore quelques plates formes sur le port ou les caps de la Corniche dont une casemate enterrée au Monument aux Martyrs de la Résistance; sur la plage un abri souterrain a été dernièrement muré; il reste une ruine aux Pierres Blanches; au Pont Levis un petit bunker mais clôturé en raison du danger.

Cap de Sète 1943, la Corniche occupée

Site des Romandils, Port la Nouvelle. Site exceptionnel. Lieu dit Cap de Roc, prévoir bonnes chaussures de marche. Une dizaine d’installations allemandes, sur une petite colline qui surplombe la mer, dans un paysage de garrigue. (http://sudwall.superforum.fr/t4029-lgm-008-hkb-romandils-port-la-nouvelle-11)

Gruissan. Bunkers de la route bleue, chemin de Rouquette (prévoir chaussures de marche) et Bunker de l’île Saint Martin.

Cap Béar: vers le phare, ancienne station radar.

 

Port Vendres :Site exceptionnel du Cap Gros,  casemates, tobrouk .Mur anti char à Banyuls sur mer, mur anti char  sur la plage de Collioure ou de l’anse de Paulilles.(http://www.leblogdejielka.com/2013/11/pyr%C3%89n%C3%89es-orientales-vestige-de-l-occupation-allemande-2.html)

Cerbère: tobrouk du col des Balistres

Toreilles le seul bunker classé d’Occitanie, 14 structures sur le site.

Grau du roi: autour du phare de l’Espiguette, plusieurs bunkers bien conservés

Grau du Roi (extrait du livre d’A. Chazette)

Il existe plusieurs sites exceptionnels qui peuvent encore être sauvés des outrages du temps et des hommes (Tamarissière, Romandils, Leucate, Narbonne, Gruissan, le Grau du Roi l’Espiguette, Sainte Marie la Mer) . Le bunker classé de Toreilles ouvre l’espoir d’une prise en compte de ce patrimoine et de sa valorisation. Ils sont les témoins de ce qui s’est passé en Occitanie en zone occupée. Ces fortifications font partie de notre Histoire.

 

Anne Oriol-Tailhardat
Crédit photos, avec la difficulté de retrouver les auteurs 70 ans plus tard, si vous possédez des droits d’auteur sur une photo merci de nous le signaler, elle sera retirée.
Bibliographie
.Alain Chazette – Pierre Gimenez : « Südwall » –
éditions Histoire & fortifications
.Alain Chazette « Atlantikwall-Südwall – sur les
traces du temps » – éditions Histoire & fortifica-
tions
.Stephen J. Zaloga « Opération Anvil Dragoon »
. Fonds du colonel André Pavelet (1940-1967)

Eoliennes à Leucate

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Carte CNDP Zones d’implantations soumises à avis du public

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le projet EFGL, filiale d’Ocean Winds et de la Banque des
Territoires, choisit Port-La Nouvelle pour sa base de maintenance

« Lauréat de l’appel à projets éolien flottant de l’ADEME dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir, le projet pilote EFGL prévoit la construction et l’exploitation de 3 éoliennes flottantes de 10MW, à plus de 16 km au large de Leucate (Aude, 11) et Le Barcarès (Pyrénées-Orientales, 66). En captant les vents réguliers et soutenus du large, les éoliennes du projet EFGL, les plus puissantes jamais installées sur un flotteur, couvriront à elles seules les besoins annuels en électricité de plus de 50 000 habitants du littoral, soit l’équivalent de la ville de Narbonne. La mise à l’eau de la ferme éolienne est prévue au printemps 2025, pour une durée d’exploitation de 20 ans.

Technologiquement novateur et porteur d’activités économiques pérennes, le projet EFGL est également riche d’enseignements pour OW et la Banque des territoires, qui se sont vu attribuer fin 2024 le projet éolien flottant d’environ 250 MW dit des « Eoliennes Flottantes d’Occitanie » (EFLO), au sein de la zone « La Narbonnaise », dans le cadre de l’appel d’offres éolien en mer AO6. »

COMMUNIQUE DE PRESSE

Demain, des plages sans goélands?

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Les concentrations de goélands à certains endroits sont trompeuses, l’espèce est en forte régression. Entre les campagnes d’empoisonnement du passé et les stérilisations actuelles des œufs, c’est un oiseau en détresse qui lutte pour sa survie car le poisson s’est raréfié. Il subit aussi l’hostilité des humains. Dans certains endroits de notre littoral il est quasiment impossible de faire prendre en charge un goéland blessé.

 

2040 sur une plage d’Occitanie, seul résonne le bruit des vagues, les cris et pépiements des oiseaux ont disparu, un employé municipal enclenche une bande son enregistrée dans les années 2020, les cris des goélands et mouettes se mêlent enfin à la mer. Les touristes sourient béats. Au parc ornithologique, ils ont pu voir un des derniers goélands leucophée de la région, recueilli blessé. Heureusement une équipe de vétérinaires chevronnés et une ambulance animalière ont pu vite le récupérer et le transférer au centre de soins . Les sauveteurs et vétérinaires ont, bien sûr, publié sur le net une photo d’eux se tenant fièrement à côté du goéland blessé.

Au début du 20ème siècle le goéland avait disparu

Ce n’est pas vraiment une fiction puisque c’est déjà arrivé, entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, l’effectif des goélands diminue sur l’ensemble de leur aire de répartition et ces oiseaux disparaissent quasiment du territoire métropolitain français. Parmi les raisons, le manque de nourriture, à l’époque il y avait peu de déchets et ils étaient brûlés, pendant les guerres les œufs de goélands ont été consommés, les chasseurs en roue libre qui s’amusaient à les tirer et enfin sans doute des grippes aviaires.

Appelé gabian de l’Occitanie à PACA, terme qui désigne en provençal ou en occitan un douanier un peu filou , le gabian de nos côtes est un goéland leucophée, pour le différencier autrefois de son cousin de Bretagne on précisait « à pattes jaunes ». Et pour ceux qui le confondent avec les mouettes, il est nettement plus grand, avec un bec plus crochu où se dessine un beau point rouge à l’extrémité. Jusqu’aux années 1950, parce qu’ils étaient peu nombreux, les goélands avaient une réputation plutôt positive auprès des gens des littoraux. Une légende disait qu’il ne fallait pas les tuer car ils abritaient les âmes des pêcheurs et marins disparus en mer. Les pêcheurs se servaient des concentrations de goélands pour repérer les bancs d’anchois. Pour éviter les rochers de nuit ou dans la brume, les marins écoutaient leurs cris.

Un oiseau d’une rare intelligence pour sa survie


« En 1943, sur le port de Sète le goéland était identifié comme faisant partie du patrimoine maritime de la ville, ils étaient plus rares qu’aujourd’hui » explique Marie, une nonagénaire » mon grand père tonnelier, qui s’était aussi spécialisé dans les oiseaux sculptés en bois, avait fabriqué une patte artificielle à un goéland blessé par un chien. C’était la vedette du port quant on le voyait voler avec sa patte en bois repliée« 

Aujourd’hui, le goéland suscite des réactions proches de la haine, plusieurs exemples, sur un groupe du Grau du Roi sur Facebook, une internaute qui demandait de l’aide pour sauver un gabian blessé a été agonie de commentaires négatifs. Pire, Matiline Paulet Socio-anthropologue, dans sa thèse sur les oiseaux en ville (2020) décrit des atrocités commises sur des goélands: à Lorient écrasés intentionnellement, des poussins mutilés ou attachés à des grillages avec du fil de fer. Dans l’Hérault, elle a recueilli le témoignage d’un homme se vantant d’aller écraser à la batte les petits des nids de gabians à la Corrèges près de Leucate dans l’Aude.Comment en est t-on arrivé là?
En 1960, l’espèce qui s’était quasiment éteinte en France commence une remontée. Avec certainement dans les gènes la rage de survivre de ceux qui ont failli disparaitre. Les déchetteries à ciel ouvert, le fait que l’espèce soit classée protégée dans ces années là, les flottilles de pêches qui jetaient leurs déchets en mer sont à l’origine du baby boom du gabian. En Occitanie, le plan Racine n’arrange rien chassant les goélands des littoraux, ils commencent à se replier sur les ports. À Sète, les premiers couples de goélands leucophée sont recensés pour la première fois en 1982, au nombre de 10, par un bénévole du Groupe de Recherche et d’Information sur les Vertébrés.

Colonies de gabians sur le littoral de l’Occitanie. Document CEN LR

Des campagnes d’empoisonnement du gabian

En Camargue, dès les années 1970 l’oiseau est devenu un fléau, il s’attaque aux sternes et aux avocettes. Le rat prédateur naturel du goéland est presque éradiqué, et les nids de gabians ne sont plus au sol mais sur les toits. Les parcs des ostréiculteurs sont ravagés, l’oiseau ayant l’intelligence de lâcher des huitres en plein vol pour qu’elles s’écrasent et qu’il puisse les manger.

On observe des comportements qui en disent long sur l’ingéniosité du volatile, comme il ne peut pas plonger il ne chasse qu’en surface. Des témoignages relatent que le goéland prends du pain dans son bec et le secoue et l’émiette au dessus de l’eau pour faire remonter les poissons.

Mais face aux ravages sur les autres oiseaux et sur les parcs à huitres, tout le monde se met à détester le goéland, les scientifiques plaident la mise en danger des autres espèces, les ostréiculteurs égrènent leurs pertes. L’autorisation sera donnée de les empoisonner.

En Camargue et sur les étangs de Palavas et de l’Estagnol, de 1963 à 1994, 18 000 individus sont éradiqués par cette méthode . Après la bétonisation due au plan Racine accompagnée par la démoustication des lagunes au DDT,  les colonies de gabians  se replient sur les ports de pêche surtout à Sète dans l’Hérault, dans l’Aude vers Gruissan, dans le Gard au Grau du Roi. Les flottilles de pêche et leurs déchets et la proximité de décharges publiques attirent les goélands, l’oiseau omnivore pouvant aller chercher de la nourriture à plus de quarante kilomètres. Un chiffre démontre cette migration: de 10 couples en 1982 à Sète on grimpe à 500 couples recensés par la LPO (Ligue Pour la Protection des Oiseaux) en 1989.

Sète abrite la plus grosse colonie urbaine de gabians en France

La ville de Sète qui abrite la plus forte colonie de gabians en France entame une campagne de stérilisation des œufs, suivie par le Grau du Roi. Même si l’île Singulière arbore sur ses bulletins municipaux l’emblème du gabian, elle ne peut rester insensible aux plaintes qui pleuvent. Jusqu’à aujourd’hui, à Sète ou au Grau du Roi, la seule présence d’un nid de goéland même à trois toits de distance entraine dès le printemps des cris dès potron-minet. Incroyable ce qu’une famille de goélands peut criailler. Les petits de couleur grise, surnommés grisards, tombent souvent des toits aux jardins auxquels on ne peut plus accéder car les parents peuvent se montrer agressifs. Sans parler des déjections nombreuses. Les plaintes sont toutes les mêmes, recueillies lors de notre enquête à Sète, au Grau du Roi et à Gruissan.

« Des nuisances sonores au moment des couvées, insupportable. Volent la nourriture. Piquent sur nous ou les animaux pour protéger les petits et attention en passant auprès des nids, ouvrent les poubelles et nuisent à la propreté des résidences !! Déchets au sol après leur passage. Beaucoup trop nombreux et se reproduisent sans souci puisque cette race est protégée…. » déplore Isabelle à Gruissan tandis que Florence lui rétorque « Il serait intéressant de réfléchir une seconde : « qui » est venu envahir le territoire de l’autre ? »

Document CEN LR

Nous n’avons pas pu trouver de témoignages fiables autres que les « on dit » sur des agressions physiques de goélands sur l’homme. Des intimidations oui « et encore, c’est un oiseau intelligent, un couple de gabian intimidait agressivement ma voisine une brave mémé, moi quand j’arrivais ils se repliaient  » explique Jean Claude, un ancien docker sétois. Ce qui dérange le plus chez le goéland c’est sa goinfrerie, « les sacs poubelles éventrés, des détritus dispersés, c’est eux, c’est un fléau pour une municipalité  » explique Christophe Rosso, le responsable du pôle Espaces naturels à la Ville du Grau-du-Roi.  Et un comportement de prédateur tout peut y passer: petits canards sous les yeux horrifiés d’enfants, petits oiseaux… mais là encore nous n’avons pas pu recueillir de témoignages fiables sur des supposées attaques contre des chatons ou des yorkshires… »Oui mais on oublie que c’est la nature, les pies aussi ont un comportement de prédateur mais c’est moins voyant car les proies sont plus petites, mettez un chat affamé et non gavé de croquettes près de poussins ils ne vont pas faire long feu » temporise Jean Claude le sétois.

Le goéland victime d’un métabolisme exigeant

A décharge du goéland, sa goinfrerie viens de sa nature et la nature ne l’a pas gâté. C’est un oiseau de mer qui ne peut pas plonger, c’est l’envergure d’un petit rapace sans en avoir l’œil aiguisé et la rapidité. Le goéland passe son existence à chercher de la nourriture car son métabolisme mal foutu lui impose d’ingurgiter de 80g à 90 g/jour ce qui représente 8 à 9 % de sa masse corporelle alors qu’un être humain consomme en moyenne de l’ordre de 2 % de son poids vif.

Pire, si le goéland veut se mettre en couple, la femelle va exiger qu’il lui rapporte d’abord 400 grammes de nourriture. C’est comme si votre dulcinée vous réclamait de lui rapporter 9 kilos de victuailles et bien sûr sans aller au supermarché… bonne chance.

Petit goéland dit « grisard » tombé dans un jardin du Grau du Roi, fin juin 2023; les parents vont le nourrir, envol 3 jours plus tard.

Et un couple qui élève 2 oisillons doit satisfaire un besoin quotidien de 400 g pour les deux oisillons et de l’ordre de 100 g par adulte ce qui représente environ 600 g pour le couple soit 30 % de leur masse corporelle. C’est ce qui explique la demande de nourriture pour la sélection du mâle par la femelle, ceux là deviendrons des reproducteurs, les autres iront…se faire cuire un œuf, quoique on se demande si le gabian célibataire n’est pas plus heureux que le reproducteur qui se tue à voler sur une quarantaine de kilomètres pour satisfaire sa tribu.

Bons parents, fidèles en couple et solidaires en groupe

Les goélands restent en couple toute leur vie durant, sauf lors des campagnes de stérilisation si les œufs n’éclosent pas, le couple se sépare. Ce sont de bons parents mais infortunés, sur trois poussins, souvent seul un petit va survivre voire aucun. Avec les canicules précoces, les poussins se jettent des toits, le couple désespéré s’épuise à nourrir et protéger sa progéniture dispersée ça et là. De juin à juillet, entre le Grau du Roi et Sète, on voit de nombreux cadavres de petits goélands sur les routes lorsqu’ ils ne finissent pas dévorés par des chiens ou morts de faim car tombés trop loin du nid. Il faut savoir qu’un poussin goéland doit faire un apprentissage de dix jours au sol avant l’envol, en zone urbaine l’apprentissage se termine souvent dans la gueule d’un chien ou sous les roues d’une voiture.Pour couronner le tout, entre l’hécatombe chez les poussins, les adultes qui ne trouvent plus de nourriture, il faut savoir que la maturité sexuelle d’un goéland est très tardive, vers quatre ou cinq ans.

Les goélands, entre eux, mis à part quelques cas de cannibalisme rapportés, sont d’une grande solidarité et s’entraident en cas de danger.

Viky, une habitante du Grau du roi qui avait recueilli un goéland blessé a eu la surprise de voir un de ses congénères lui apporter du poisson. Enfin une anecdote effroyable rapportée par le journal le Provençal au début du 20ème siècle « les chasseurs tirent sur un goéland et après c’est tir généralisé car les autres goélands viennent se poser comme par compassion vers le gabian blessé« .

L’oiseau qui est un survivant est très intelligent, il se laisse approcher surtout quant on le nourrit, ce qui le rends attachant et humain pour ceux qui l’apprécient, tandis que d’autres justement, ne comprennent pas que malgré cette familiarité il reste un oiseau sauvage qui crie,  défends ses petits ou défèque dans les jardins…

Crédit photo: Eric Morère, Sète

Une espèce aujourd’hui menacée

Comme les goélands sont souvent concentrés sur les villes portuaires de l’Occitanie cela créé le sentiment qu’il y en a beaucoup. Or c’est tout le contraire, le goéland argenté de Bretagne est déjà en voie de disparition, et le gabian pieds jaunes, dit leucophée, en prends le chemin.

« Il faut tirer la sonnette d’alarme, on est très inquiet, le leucophée est aussi en passe de disparaitre » indique t’on à la LPO de Villeveyrac dans l’Hérault. L’association sait de quoi elle parle, depuis 1989, c’est elle qui est à l’origine de presque tous les recensements de gabians.

Plusieurs raisons à ce déclin des goélands à pieds jaunes, les baby boomers des années 80 arrivent à la fin de leur quarante années de longévité. Le poisson s’est raréfié, les déchetteries à ciel ouvert ont presque toutes disparu, les flottilles de pêche aussi et les pêcheurs doivent désormais empaqueter leurs déchets. Des containers à ordures ont remplacé les sacs poubelles à Sète.

Dans les habitats naturels, les campagnes de démoustication aux produits chimiques ont fragilisé les œufs de goélands. Les canicules précoces de ces dernières années ont tué les poussins. Et les grippes aviaires font des ravages dans les populations de gabians encore cette année  » Les goélands sont parmi les premières victimes de la grippe aviaire » précise t’on à la LPO de Villeveyrac qui, depuis mai, n’accepte plus les goélands à cause de la grippe aviaire.

Goéland recueilli par Vicky, Grau du Roi, gardé 5 jours avant de trouver un soigneur. Il a été soigné et a repris son envol près des Saintes Maries de la Mer

« Le goéland est le second oiseau le plus amené au centre après le martinet noir. Un certain nombre de goélands souffrent du botulisme, une maladie due à une toxine qui se développe notamment dans l’eau « explique Thaïs Provignon de la LPO Villeveyrac « La maladie entraîne une paralysie des membres. Nous recevons aussi régulièrement des goélands victimes de trafic routier : ailes retournées, cassées, ainsi que des individus avec des hameçons dans le bec. Les goélands sont des oiseaux intelligents, très opportunistes. Pour preuve, ils se sont adaptés à la modification de leur habitat naturel, bien que cette modification leur cause préjudice à plusieurs égards :carences alimentaires, mauvaise nutrition, plus de dangers dans leur environnement. On leur connaît une certaine « agressivité » qui vaut quelques coups de becs aux membres de l’équipe soignante, mais ce n’est rien d’autre qu’un mécanisme de défense naturel, dont font preuve à leur manière tous les animaux sauvages adultes. »

 

Bébé goéland en détresse à Gruissan, crédit photo Jean Jacques Lloris

Depuis 1999, la population diminue d’environ -2 % par en an en moyenne. Au total, les nicheurs ont perdu près de 23 % de leurs effectifs sur les 13 dernières années dans la région les Salins de Sainte-Lucie, qui sont passés de 893 couples en 1985 à 1 couple en 2015. Ou encore l’Etang de Lapalme qui comptait 138 couples en 1991 et 7 couples en 2015. Dans les Pyrénées-Orientales, la colonie des Dosses est également en déclin puisqu’elle accueillait jusqu’à 1 544 couples en 1991 et aucun couple depuis 2003.

A Sète, la municipalité est bien consciente de la fragilité des goélands « on ne veut en aucun cas les exterminer, juste limiter la population avec la stérilisation des œufs, le gabian fait partie de notre patrimoine« . Côté chiffres fournis par la mairie, la stérilisation a porté ses fruits avec des effectifs en nette baisse : en 2014 : 479 couples recensés sur la ville, en 2022 : 287 couples et en 2023: 220 nids identifiés sur la ville.

Au Grau du Roi, les chiffres sont en stagnation avec 500 couples nicheurs et 200 œufs stérilisés par an mais Sète, où les campagnes de stérilisation ont commencé bien avant, avait également connu une période de stagnation avant la baisse. On peut relever au vu des chiffres que le Grau du Roi a détrôné Sète sur le nombre de goélands abrités.

Les populations de goélands baissent en zone urbaine, leurs habitats naturels près des lagunes ont été pris par l’homme ou empoisonnés par les produits pour démoustiquer. De plus, victime de sa mauvaise réputation, un goéland blessé ou en détresse ne s’en sortira pas.


Les gabians sont cachés pour mourir

Triste spectacle quasi quotidien sur nos ports. Crédit photo Jean Jacques Lloris sur le groupe FB Gruissan infos Doryphore

« Pour attraper un gabian blessé mettre dessus un tissu et le saisir par derrière en le tenant à bout de bras, l’enfermer dans un carton avec des aérations, être dans le noir va calmer l’oiseau. Toutefois j’insiste fortement il faut que le particulier soit sûr d’avoir trouvé un soigneur avant de le déplacer » indique la soigneuse du Pont de Gau. Et c’est quasiment mission impossible. Au Grau du Roi, Viky qui avait recueilli un goéland blessé a mis cinq jours avant de trouver un soigneur, et ce malgré des appels à l’aide sur les réseaux sociaux « les gens m’ont dit cet espèce de charognard laissez le donc … ça détruit les poubelles et attaque les touristes... »

Ce qui dessert le plus le goéland c’est qu’il est en surnombre dans certains endroits et ce n’est pas valorisant de sauver un goéland. Pour preuve sur Twitter, il ne viendrait à l’idée de personne de s’exhiber pour avoir sauvé un goéland, alors que les rapaces et les hiboux sont régulièrement fièrement photographiés aux côtés de leurs sauveteurs. Sur le littoral d’Occitanie, aujourd’hui, aucune structure n’accepte les goélands blessés. Cet été encore, les gabians blessés ou en détresse seront déposés dans un champ, un simple déplacement pour agoniser loin du regard des touristes ou des enfants attristés.

Anne Tailhardat-Oriol

Grau du Roi, Grande Motte : l’étang du Ponant « camp des croisés » et mystérieuses tombes

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Au nord de l’étang du Ponant, une mince bande de terre isolée appelée « camp des croisés » « Port Louis » ou « Les Tombes » sur les anciennes cartes. Au 19ème siècle, des auteurs font état de tombes et de nombreuses ruines sur les lieux. Sur le site de l’Étang du Ponant, depuis près de deux siècles les thèses et théories se sont empilées et parfois contredites autour du trajet de la flotte de Saint Louis. Le lieu aurait également servi de campement au célèbre pirate Barberousse. Le souffle de l’Histoire est passé ici sans que rien ne le rappelle.

De bas en haut, carte d’Etat Major 1830, carte de Cassini 1790, lieu dit « Les Tombes » « Port Louis »

Des centaines d’automobilistes, locaux ou vacanciers, empruntent chaque jour la D62, une voie express surnommée route des plages car elle relie le Grau du Roi à la Grande Motte. Entre le parking du Vidourle et celui du Ponant, mis à part les véliplanchistes et quelques pêcheurs, il ne viendrait jamais à l’idée de s’arrêter pour visiter les lieux qui font pourtant partie de la promenade prisée autour du lac du Ponant, avec le somptueux bois du Boucanet, sur la rive sud, ses petits étangs et ses bosquets de pins parasols où s’abritent des chevaux camarguais.

La rive nord est bien différente, les dernières hypothèses aujourd’hui, avancent qu’à l’époque de Saint Louis, la mer arrivait jusqu’à ce mince rivage. Ici, les bosquets de pins sont plus rares mais le paysage désertique est d’une beauté étrange. Mélange de Camargue, de steppe mongole et de désert du Sahara. Avec des sentiers creux et crèmes gorgés de sel qui serpentent au milieu d’ilots de pins ou de toundra de toutes les plantes qui ont pu survivre entre salicornes et saladelles. L’hiver par contre, avec les brumes du Ponant, le vent glacé et les arbres qui semblent recroquevillés, c’est ambiance Hauts de Hurlevent.

Le passant qui oserait s’aventurer ne saurait pas que ces lieux sont chargés d’histoire, même les locaux. La tradition orale s’est éteinte avec les veillées, c’est elle pourtant, pendant près de 5 siècles, qui a fait survivre les noms de « camp de croisés », « Port Louis » et des « Tombes ». Lieux dits aujourd’hui disparus et que l’on retrouve sur des cartes anciennes ou actes notariés car ils étaient au cadastre d’Aigues-Mortes.

Lieu dit « Les Tombes » rive nord de l’Étang du Ponant

Il existe depuis 1830, une abondante littérature sur ces lieux, une vingtaine d’ouvrages, de notices, de compte-rendus de géologues, simples auteurs, historiens du coin, curés , conservateurs de musée ou du patrimoine…
Beaucoup rongés par la fièvre d’être celui qui allait résoudre la fameuse énigme: mais bon dieu, par où est passé Saint-Louis?
Aussi, les Tombes, le camp de croisés, Port Louis sont devenus presque anecdotiques, des petits pions négligeables sur le vaste échiquier où trône le roi Saint-Louis du haut des remparts d’Aigues-Mortes.

Le sol sonne creux, des trous étranges

Le premier témoin visuel des tombes, en 1835, est Di Pietro auteur d’ouvrages sur Aigues Mortes, dont la théorie sur le trajet de Saint Louis a été reprise par d’autres voire plagiée. Il trouve les lieux « tristes et mornes » et relève que le sol sonne creux en plusieurs endroits, ce qui pourrait indiquer l’emplacement de sépultures.
Il indique que des fouilles ont permis de dégager un tombeau, plutôt un couvercle, avec deux blasons gravés de truies, il relie l’emblème aux Porcelets, puissante famille d’Arles et de Beaucaire « ayant participé aux Croisades« .

En 1868, Charles Lentheric, l’architecte du phare de l’Espiguette du Grau du Roi et qui écrit dans plusieurs revues de sociétés savantes, plagie quelque peu les travaux et théories de Di Pietro mais livre ce qu’il constate sur les lieux : le sol résonne à différents endroits, il relève aussi d’étranges trous et excavations. Il décrit aussi la sépulture et dessine les deux blasons.

Les Salins du Midi récupèrent le tombeau

Une des tombes du lieu dit « Les Tombes ». Photo extraite du document de la Chapelle des Capucins sur le Tombeau dit « du croisé » Aigues-Mortes

Anecdote amusante, qui a peut-être inspiré l’architecte de la Grande Motte, Charles Lentheric écrit au ministère de l’éducation Nationale pour le sauvetage de la tombe qui s’enfonce dans les boues du Vidourle et il propose de faire un chemin de mémoire sur le site de l’Etang avec des petites pyramides. En 1908, l’Abbé Aigon, publie sur Aigues Mortes et alerte qu’il faut sauver les tombes, pour lui la tradition décrit ce lieu comme le camp des Croisés, où il y aurait eu un hôpital bâti par Saint-Louis et il demande à ce que l’on se préoccupe de la fameuse tombe dite des Porcelet qui s’envase.

La sépulture est finalement enlevée par les Salins du Midi, sans doute les seuls du coin à pouvoir procéder au levage de la pierre tombale, en molasse coquillière de Beaucaire ou d’Arles, qui pèse plus d’une tonne. Vers 1908, elle est remise au musée archéologique de Nîmes. Félix Mazauric, son directeur l’examine de près car tout le département bruisse à propos de cette fameuse pierre baptisée « Tombeau du croisé ». Ressurgissent des légendes, Saint-Louis aurait été frappé d’une malédiction, sa première croisade a échoué et la mort l’attendait sur la deuxième, car pour construire Aigues-Mortes il aurait volé les pierres des tombeaux des moines de la cathédrale de Maguelone.

Tombeau dit « du croisé », chapelle des Capucins, Aigues-Mortes, visite ouverte et gratuite

Pour Mazauric , du temps de Saint-Louis, il existait un cimetière, situé près du lieu-dit Port Louis (D62, une vingtaine de mètres à droite après le parking du Vidourle) , nom cadastré, où l’on a trouvé les restes d’une ancienne digue sur pilotis.

Le conservateur du Musée archéologique de Nîmes avance l’hypothèse que les tombes sont, peut-être, celles de croisés qui se seraient entretués là. La croisade dite des Albigeois s’est éteinte depuis peu, peut-être forcés à s’embarquer sur la croisade de Saint-Louis, les Provençaux proches des cathares et les Français ont semble t’-il eu du mal à cohabiter dans le camp.

Des croisés se seraient entretués

« Il convient de signaler un fait curieux rapporté par le chroniqueur Guillaume de Nangis et qui pourrait nous expliquer la présence d’un certain nombre de tombes dans l’ancien port du roi Louis » explique Félix Mazauric « A la suite de discussions violentes survenues entre Provençaux et Français, une grande tuerie eut lieu sur le bord de la mer, en attendant le départ de la croisade. Plus de cent hommes restèrent sur le carreau « .

Reste que le conservateur émet des doutes sur le tombeau des Porcelets, pas sur le blason mais en raison de deux sculptures en forme de lames, pour lui ce sont des tranchoirs, donc peut-être la tombe d’un moine Porcelet…un boucher?  Surtout que musée possédait aussi à l’époque, venus des mêmes lieux, la tombe d’un moine convers de l’abbaye bénédictine de Psalmodi et une tablette funéraire datant bien avant la période de Saint Louis. Ainsi qu’une autre tombe, un certain Arma, décédé en 1272, soit deux ans après la deuxième et dernière croisade de Saint-Louis en 1270.

Blasons des Porcelets sur le Tombeau dit « du Croisé »

Le tombeau du Croisé demeure une énigme. Selon la salle des Croisades du château de Versailles, un seul Porcelet, Bertrand, est répertorié pour avoir fait une croisade, la première, en 1095, avec le Comte de Toulouse, et ils sont partis à pied.

Par la suite, les Porcelets ont été fidèles aux Comtes de Toulouse et à la dynastie arago-barcelonaise dans leur combat sans merci contre l’Église catholique et les rois de France. Jusqu’à être soupçonnés, comme tout l’entourage de Raymond VI de Toulouse, d’être les auteurs en 1208, à Saint-Gilles du Gard, de l’assassinat de Pierre de Castelnau, le légat du pape, ce qui a déclenché la croisade dite des Albigeois contre les cathares.

Les Porcelet, famille puissante proche des cathares

Les Porcelet se sont battus dès premières heures de la croisade contre les cathares (en 1209, leur fief sur l’île de la Cappe est démantelé pour hérésie), en passant par le siège de Beaucaire et la reconquête de Toulouse par Raymond VII et jusqu’aux dernières heures. Excommuniés, biens confisqués, ils ont finalement plié le genou en 1239. Un des Porcelets a-t’-il été embarqué bon gré mal gré en 1248 sur la première croisade de Saint Louis, puis impliqué et tué dans la fameuse rixe entre Provençaux et Français?

Fauchons

Hachoir de boucher ou arme de croisé?

Reste aussi l’énigme des  » hachoirs », gravés des deux côtés du tombeau. Toutefois, les représentations des armes de l’époque de Saint-Louis laissent voir une arme, appelée fauchon, qui ressemble à un hachoir. Effectivement, on pouvait graver les armes d’un chevalier surtout chez les Templiers sur sa tombe. Mais il était aussi coutume chez les moines Hospitaliers de l’Ordre Saint Jean de Jérusalem et chez les Bénédictins de graver un symbole de la profession que le défunt exerçait dans l’ordre ou ce qu’il aimait dans sa vie : une équerre pour un architecte, une ancre marine etc… Mais rien dans les archives des Porcelets, abondamment dépouillées, ne permet de relier un moine de cette famille à l’abbaye bénédictine de Psalmodi. Ils n’ont jamais eu de terres dans le coin mais vers Arles où ils ont été les bienfaiteurs d’autres ordres comme les Cisterciens.

En 2015, le musée archéologique de Nîmes a donné le tombeau du Croisé à la ville d’Aigues-Mortes. Il est exposé à la chapelle des Capucins, seule une datation pourrait en lever le mystère.

Hachoir ou fauchon grossièrement stylisé?

Des croisés sont sans doute enterrés sur la rive nord de l’Etang du Ponant, le camp de tentes couvrait une surface considérable qui allait du site de l’actuelle  Grande Motte et au- delà de l’actuel Vidourle. Ils ont campé pour les deux croisades en été, on peut imaginer les hordes de moustiques, les problèmes d’eau et les fièvres dont la malaria qui décimait encore les gens du cru en 1900.

Autre point d’interrogation sur les autres tombes retrouvées et citées par Mazauric, pourquoi des moines bénédictins étaient enterrés là alors que l’ordre à Psalmodi ( abbaye bénédictine entre Aigues Mortes et Saint Laurent d’Aigouze) avait quantité de terrains autour pour des inhumations? Pourquoi un Porcelet, moine ou croisé est enterré là, alors que la famille qui a payé pour un tombeau coûteux aurait pu le transférer ailleurs que sur cette berge d’étang? Bien sûr, les seules tombes retrouvées étaient les plus monumentales, vu leur poids la pierre a peut-être du venir par bateau. Combien d’autres plus modestes étaient là? Lenthéric parle de trous étranges et d’excavations. Toutes les hypothèses sont ouvertes sur ce cimetière près de Port-Louis, lié au trafic maritime s’agissait-il de décès par maladie contagieuse avec présence d’un lazaret? de parias? d’excommuniés?

Photo prise par le montpelliérain Claude O’Sughrue qui a immortalisé les différentes étapes du chantier de la Grande Motte à partir de 1965

Lors de la construction de la Grande Motte, l’Étang du Ponant a été creusé en 1966 pour que les sables et alluvions servent à conforter le socle de la future station balnéaire. Plusieurs témoignages ont attesté que les tuyaux de la drague qui refoulaient sables et graviers, pouvaient émettre parfois un cliquetis de métal. A tel point que l’archéologue Henri Prades qui fouillait le site antique de Lattes depuis 1964 était venu à plusieurs reprises sur le chantier d’extraction, comme le rappellent ses collaborateurs du Musée de Lattes dont il est le fondateur.

Ces témoignages recoupent celui de Jean-Pierre Dufoix, Architecte en Chef des Monuments Historiques et qui fut chargé de l’aménagement intérieur de la tour de Constance « je tiens l’information des Bâtiments de France de l’époque de la construction de la Grande Motte, à l’est du chantier on a retrouvé une tombe avec à l’intérieur les restes d’un homme qui portait une cotte de mailles » nous a t’-il précisé. Comme tous les chantiers de cette époque, pour ne pas ralentir les travaux ou les immobiliser, les découvertes archéologiques étaient tues et disparaissaient vite… Les enjeux financiers autour de la construction de Grande Motte étaient énormes, puisqu’on avait spécialement fait venir une drague de Hollande pour extraire six millions de mètres cubes de sédiments. On ne saura sans doute jamais ce qui a été vraiment découvert en creusant l’étang du Ponant.

Port Louis

Vestiges du canal Viel et la petite dépression sur la rive nord du Ponant qui est le passage qui menait à Port Saint Louis

Il reste encore des traces de Port Louis aujourd’hui considéré comme l’avant port d’Aigues-Mortes, il était le débouché du Canal Viel dans l’étang du Repausset ou Repos, alors largement ouvert sur la mer. Côté rive nord, on voit encore la trace du petit bras qui débouchait là, et de l’autre côté de la D62 il y a des tronçons boueux.

Piquets enfouis sous le limon

Selon les constatations des auteurs ayant visité les lieux au début du 19ème siècle, il y avait sur la rive des piquets qui abritaient un ponton en bois. On trouve encore de nos jours des piquets en bois très endommagés fichés dans le limon, mais comme les pêcheurs viennent tendre leurs filets dans le coin depuis des siècles, il serait difficile de les dater. A proximité du Vidourle lors de fouilles en 1835, on a retrouvé une petite nef, mais postérieure à la période Saint-Louis et deux ancres marines antiques. Sur les rives, en marchant du parking du Vidourle jusqu’au parking du Ponant, on peut voir quelques restes de fondations. Là encore, le lieu a été occupé plusieurs fois, notamment au 17ème siècle par une métairie dont un mur, selon Mazauric,  abritait un tombeau, peut-être transformé en auge pour les moutons et chèvres.

Flotte de Barberousse avec l’étendard du Croissant. (Miniature de Mohammed Racim 1896-1975)

Barberousse le pirate accoste au camp des croisés

Le souffle de l’Histoire passera une nouvelle fois sur la rive nord du Ponant, en 1543, Aigues-Mortes se claquemure avec deux mois de provisions, le roi de France François 1er a déclaré la guerre à Charles Quint. « Lorsqu’on vit une flotte venir mouiller près de la plage. Le fameux Barberousse commandait lui-même cette force navale » relate l’Abbé Aigon. « Son armée campa près des Tombes »
Le roi de France ayant fait alliance avec les turcs, au grand dam de la Chrétienté, c’est tout naturellement que Barberousse célèbre pirate et commandant de la flotte turque accoste pour offrir ses services. Vent de terreur à Aigues-Mortes « Ces lieux où autrefois flottait l’étendard des Croisés, ces lieux où jadis les Croisés portaient le signe révéré sur leur cotte de maille, ces lieux voient désormais l’étendard du Croissant flotter » écrit Di Pietro dans sa notice sur Aigues-Mortes. Apprenant que François 1er a finalement signé un traité de paix, Barberousse furieux repart non sans avoir mis le feu à un bosquet de pins. Un seul arbre aurait survécu, il existerait encore selon la tradition orale.

L’énigme du trajet de Saint Louis

Au 19ème siècle, dès 1820, Di Pietro émet l’hypothèse que Saint Louis et sa flotte ont quitté le port d’Aigues Mortes et emprunté le canal Viel, qui, selon lui, faisait le tour de l’étang du Ponant actuel, en longeant la Grande Motte pour sortir en pleine mer par l’actuelle passe des Abîmes qui était alors le Grau Louis ou Grau du Boucaneto.
Cette hypothèse a été reprise, pour ne pas dire repompée, en 1868, par Charles Lentheric, l’architecte du phare de l’Espiguette au Grau du Roi, qui avait son rond de serviette chez les sociétés savantes, cette théorie a été largement divulguée dans les revues et acquise pour la vérité, hélas, encore aujourd’hui .

Lieu dit Camp des Croisés

En 1880, Jules Pagezy (ancien maire de Montpellier) démontait cette théorie, pour lui il était impensable que les nefs de Saint Louis, qui pouvaient transporter jusqu’à 1000 hommes et des chevaux ( 120 gros vaisseaux avec 25000 hommes, 8000 chevaux, armes, provisions), aient eu le tirant d’eau et la place nécessaire pour emprunter et sur près de 10 km le canal Viel. Selon Pagezy, Saint-Louis serait arrivé en barque légère par le canal Viel, qui avait non loin d’Aigues-Mortes un débouché à Port Louis, pour rejoindre la flotte qui l’attendait dans l’Etang du Repausset (aujourd’hui étang du Ponant), alors largement ouvert sur la mer. Le nom même du Repausset ou Repos indique que des navires y trouvaient un lieu sûr.

Trajet théorie Di Pietro et Lentheric. Carte de Lentheric, « les villes mortes du golfe de Lyon »

La théorie Pagezy a été ignorée, voire raillée, critique a été faite sur la qualité de la traduction des textes en latin par Pagezy. Terrible pour cet homme qui est mort 3 ans après sa dernière publication. Pourquoi ? Sans doute que les sociétés savantes ont couvert Lentheric et ne voulaient pas passer pour des éditeurs de ce qu’on appellerait aujourd’hui une fake news. La fiabilité de Lentheric a été mise en cause sur d’autres sujets, notamment sur les fouilles du port romain de Narbonne, Henri Rouzeaud (1855/1935), fin archéologue et spécialiste des lieux, a dénoncé sa légèreté. Si Lentheric avait pu interroger des marins ou pêcheurs, ils lui auraient expliqué les problématiques du tirant d’eau. Il ne le pouvait sans doute pas… ayant fait passer les gens de mer du Grau du Roi pour des ivrognes patentés dans ses écrits, sans même nuancer qu’à l’époque les soucis d’eau potable étaient tels, qu’on devait couper les breuvages de café ou d’alcool, tant l’odeur et le goût étaient innommables.

Tous les auteurs et surtout les géologues de notre époque ont validé en grande partie la théorie de Pagezy (Morize 1914, Picard, Denizot et surtout l’ingénieur géologue du BRGM Alain Lhomer 1993).

L’association « Sur les pas de Saint-Louis en baie d’Aigues-Mortes » qui effectue depuis près de dix ans un travail remarquable, précis et étayé avec divers géologues, géographes et médiévistes, a proposé une synthèse des dernières hypothèses retenues ( voir https://saint-louis-a-aigues-mortes.com ). Saint-Louis et son armée sont arrivés par le Rhône jusqu’à la tour Constance. Puis ils ont emprunté le Canal Viel en barque légère, pour rejoindre l’avant-port d’Aigues-Mortes, lequel avait été aménagé au lieu-dit Port-Louis. « La flotte de l’escadre l’attendait dans la Baie du Repausset et en mer pour appareiller», précise Bernard Aubert, membre de l’association. « Si les galères pouvaient entrer dans la Baie, les grandes nefs dont le tirant d’eau était trop important ont stationné au large. Nous sommes allés à Gênes étudier les archives de ces grands navires de croisades, construits à la demande de Louis IX et qui atteignaient des dimensions encore jamais égalées jusque-là ».

Hypothèse du trajet de départ de Saint-Louis pour les Croisades: venu en barque légère d’Aigues-Mortes, il passe par le port Saint-Louis pour rejoindre une partie de sa flotte stationnée dans l’étang et une autre partie aurait été en mer.

Des hypothèses sont validées, d’autres écartées mais des points d’interrogation demeurent encore sur les ports d’Aigues-Mortes. C’est exactement ce qui s’est passé sur la recherche du port et avant-port romain de Narbonne. Le territoire de lagunes est le même, soumis à la violence des tempêtes et des crues, il se métamorphose rapidement au gré des graus, des ilots émergents ou noyés.

Seuls des moyens pluridisciplinaires pourraient permettre de faire émerger la vérité, c’est le cas pour l’avant-port de Narbonne révélé à l’île Saint-Martin par des fouilles archéologiques récentes, après deux siècles de supputations.

Alain L’Homer, géologue au BRGM, est l’auteur de la carte géologique de la Baie d’Aigues Mortes parue en 1992

Reste que les rives et le site du Ponant regorgent d’Histoire et d’énigmes qui font rêver. C’est un patrimoine local inestimable et qui mériterait à minima quelques panneaux explicatifs, surtout que le tour de l’étang est un circuit prisé tant par les locaux que par les touristes. Des panneaux sur l’énigme du trajet et ses hypothèses pourraient éclairer les promeneurs tant sur le bois du Boucanet sud que sur la rive nord, et puis des panneaux sur les Tombes, Barberousse, Port-Louis…

C’est un crève-cœur pour l’association « Sur les pas de Saint-Louis en baie d’Aigues-Mortes » qui se bat depuis huit ans pour une signalisation autour de l’étang du Ponant. Le fait n’est pas nouveau en 1868, Lenthéric écrivait au ministère de l’Education nationale pour réclamer la même chose.

Académie Royale de Nîmes, bulletin de 1868

Aujourd’hui, la situation est compliquée à cause  d’un mille-feuille de divers intervenants autour de l’étang: Syndicat de la Camargue Gardoise, Conservatoire du littoral qui a racheté le bois du Boucanet (partie la plus ancienne du Grau du Roi), les maires d’Aigues-Mortes, du Grau du Roi et de la Grande-Motte bien que cette municipalité a fait des efforts avec une borne et un QR code sur les « Conditions de départ des croisades de Louis IX » à proximité de la passe des Abîmes (ancien Grau Louis) https://bit.ly/3dtdkMG .

Mais des panneaux manquent partout, ce n’est pas ruineux, alors serait-ce trop demander que des gens de bonne volonté se parlent et avancent sur le dossier ? Pour les locaux et administrés attachés à leur histoire, pour les touristes qui aiment l’Histoire. Ne pas le faire serait une faute morale.

 

Anne Tailhardat

 

Bibliographie
Association « Sur les pas de Saint-Louis en baie d’Aigues-Mortes, https://saint-louis-a-aigues-mortes.com/
PAGÉZY Jules, Mémoires sur le port d’Aiguesmortes, 2 vol., Paris 1886.
FLORENÇON Patrick, Aigues-Mortes et la Méditerranée au Moyen Âge, Recherches sur le port et choix de documents, Mémoire pour la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, MONTPELLIER 1996
Abbé Aigon, Aigues-Mortes, Ville de Saint-Louis 1908
Charles Martins, 1874,UNE VILLE OUBLIÉE: AIGUES-MORTES: SON PASSÉ, SON PRÉSENT, SON AVENIR
Les ports médiévaux d’Aigues-Mortes – Recherches archéologiques (P.C.R. de T.Rey, N.Faucherre, S.Galiano (campagne 2015)
F.Mazauric, Les Musées archéologiques de Nimes. Recherches
et Acquisitions. Année 1910, dans les Mémoires de l’Académie de
Nimes
Morize Jean, Aigues-Mortes au XIIIe siècle, 1914
Lentheric, les villes mortes du Golfe de Lyon 1870
Di Pietro, Notice et Histoire d’Aigues Mortes, 1835/1849
L’HOMER A., 1993 – Notice explicative de la carte géologique du
Grau-du-Roi, Orléans, BRGM, 93 p.
L’HOMER A., BAZILE F., THOMMERET J., & THOMMERET
Y., 1981 – Principales étapes de l’édification du delta du Rhône de
7000 B.P. à nos jours. Oceanis, 7 (4), 327-487.
Martin Aurell, les actes de la famille Porcelet d’Arles, 2001

René Bastard de Péré, NAVIRES MÉDITERRANÉENS DU TEMPS DE SAINT LOUIS
Gregory E.M.Lippiatt,1216, le Siège de Beaucaire, Pouvoir, société et culture dans le Midi rhodanien 

Sète: fin de la saga du Rio Tagus

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Le dimanche 26 avril, le port de Sète a été définitivement débarrassé du bateau poubelle. Remorqué jusqu’à Brest par le Yacht Express, il va être démantelé mettant fin à une véritable saga depuis son abandon il y a 12 ans.

Depuis plus d’une décennie , le Rio Tagus a été la verrue du port de Sète, immobilisé depuis 2010, en 2018 il avait trouvé  preneur. Adjugé à 11 000 euros à un ferrailleur espagnol , il devait être sécurisé puis remorqué jusqu’à Tarragone voire au Portugal. Le ferrailleur, qui avait commencé à le démanteler sur place, n’a pas pu faire le transfert: trop risqué de le rapatrier par mer, de plus les autorités avaient bloqué l’opération sous la pression d’associations écolos réclamant qu’il soit démantelé sur place.

Une tentative de remorquage sur Brest avait également échoué en 2019…car le cargo long de 80 mètres était bourré d’eaux polluées. Pourtant en été 2016, un pompage d’urgence des eaux accumulées a du être fait. Le Rio Tagus commençait à gîter. Et le navire a été dépollué (pour la somme de 10 000 euros par le port) de ses huiles, combustibles, eaux stagnantes dans les cales et les ballasts.

Une nouvelle dépollution a mis les signaux au vert pour le remorquage, le Rio Tagus a quitté Sète en toute discrétion au petit matin, comme pour se faire pardonner d’avoir pollué visuellement l’entrée de Sète pendant 12 longues années, sans parler de la vue aussi pour les riverains du quai d’en face…

 

Les bateaux poubelles sont le lot de tous les grands ports français, mais Sète décroche régulièrement le gros lot depuis les années 2001 :  le Star 1, le Florenz, le Vassily Belonenko, l’Edoil, le Lena, le Rio Tagus… ou la saga  des damnés de la mer.

La France doit contrôler un certain quota de bâtiments  sous peine d’être sanctionnée par la Commission Européenne. Et la France a beaucoup de frontières côtières donc un grand nombre de bateaux à surveiller et pas forcément les moyens qui vont avec. L’immobilisation des navire est rarement injustifiée et toujours le résultat des pratiques douteuses voire délictueuses d’une certaine frange de  la marine marchande internationale. Mais au final les ports héritent des carcasses, des tracasseries pour gérer l’équipage, se débarrasser du rafiot et payer les factures de démantèlement.Le port de Sète devrait débourser près de 400 000 euros pour démanteler sur place le Rio Tagus.

Comme en témoignent les bases de données internationales des navires et marins abandonnés,  Sète aurait pu monter un formidable parc d’attraction de bateaux poubelles,  au moins une dizaine depuis quinze ans. Une explication est avancée, le port ouvert sur la méditerranée orientale reçoit plus de bateaux sous normes que les autres.

6 janvier 2001, le Florenz: l’armateur se déclare insolvable

La Donilda Shipping Panama ne payait pas ses marins. La justice la rattrape sur les quais de Sète où le cargo Florenz, chargé de bois exotique, est immobilisé le 6 janvier. A bord 22 marins de 6 nationalités différentes: camerounais, grecs, géorgiens, béninois, ghanéens , croates. Une pratique courante des armateurs, multiplier les nationalités évite que les marins se parlent et se révoltent contre leurs conditions de travail. En mars, la Donilda Shipping à pavillon panaméen se déclare insolvable et abandonne le bateau. Plus tout jeune,  le cargo a été construit en 1970 à Brême en Allemagne . Un an plus tard, 6 marins sur 22 restent encore à bord dans des conditions épouvantables, ravitaillés par des associations sétoises,  les autres sont rentrés chez eux en acceptant une avance. Car il n’y a plus de carburant, même à quai les bateaux de cette taille dévorent plus d’une tonne de diésel par jour pour l’électricité et les frigos. Le bateau est vendu aux enchères à Montpellier, pas moins de 5 armateurs sont en lice. Un gros armateur grec l’obtiens pour 1 million d’euros  apparemment pas rebuté par sa vétusté.  Les marins seront payés et la Donilda Shipping Panama soi disant insolvable n’a jamais mis les clés sous la porte, poursuivant ses activités.

 


21 février 2001, le Vasiliy Belokonenko, un suicide à bord

Ce vraquier de 140 mètres a été construit en 1974 par la Vyborg, un chantier naval russe  mais il est récupéré par l’Ukraine lors de son indépendance en 1992. L’indépendance a entrainé le démantèlement de la flotte ukrainienne et la vente des vieux rafiots. Cela va contribuer à envoyer des centaines de bateaux poubelles sur les mers. Le Vassiliy restera en Ukraine pour la compagnie  Azov qui est est privatisée et connait de graves difficultés. Le 21 février 2001 pour des factures de carburant et des salaires impayés, le Vassiliy est immobilisé à Sète. Avec 29 membres d’équipage, des ukrainiens miséreux et âgés dont 3 femmes. Selon les témoins de l’époque ils resterons là près d’un an, dans un grand dénuement et du désespoir. A un tel point, qu’en avril,  un marin de 65 ans va se suicider dans la salle des machines. Là encore les associations sétoises vont faire tout leur possible pour adoucir le séjour des marins abandonnés. La CCI avance du fuel pour leur permettre de se chauffer, cuisiner. Des maraichers viendront spontanément offrir des fruits et légumes. Sète a l’âme marine, le sort des ukrainiens émeut. Quelques mois plus tard la situation se débloque, les marins seront payés et rentreront chez eux, le navire a été repris par un armateur de Gibraltar battant pavillon géorgien. Construit en 1974 le Vassiliy sera utilisé par diverses compagnie jusqu’en 2009 date de son démantèlement par des ferrailleurs indiens.

28 décembre 2001.. le Star 1 pas un 4 étoiles

A la veille du Nouvel An débarque à Sète un vraquier d’allure misérable, il date de 1969, avec 14 marins à bord,  il arrive de Malte et bat  pavillon de Saint Vincent et des Grenadines (où on l’obtiens en 2H00), dans ses cales du cuivre et de la gypse. C’est courant, un navire pourri ne transporte que des marchandises en vrac de peu de valeur. Avec souvent personne à bord ne sachant équilibrer la cargaison quitte à sombrer dans une tempête. Il est immobilisé pour un flot d’infractions:pas de cartes et de documents administratifs, pas de radar, pas de VHF. A croire qu’ils naviguaient à l’astrolabe ou la boussole. A bord on déniche 4 clandestins égyptiens et l’équipage manifestement à bout de forces se lâche.  Ils sont mal nourris, vivent dans des conditions d’hygiène épouvantables et certains sont malades. Le bateau appartient à un tunisien, qui a  vraisemblablement juste une boite à lettre dans le paradis fiscal du pavillon. Cet apprenti armateur réponds à la demande de transport au coup par coup en y envoyant son rafiot qu’il a acheté un mois auparavant à un grec. Du classique. Le bateau et les marins resteront 1 an et demi sur le port de Sète. Le tunisien ne voulant pas ou ne pouvant régler les salaires. La suite est ubuesque. Le bateau épave est mis en vente et coup de théâtre de conte de fée,  un nabab armateur libanais sort 200 000 dollars pour l’avoir. Surprise et euphorie, les marins sont payés, un équipage envoyé par l’armateur s’apprête à ramener le bateau au Liban. Mais badaboum, nouveau coup du sort, le tunisien ne veut pas lâcher le morceau, il estime que la vente est illégale et il immobilise le Star 1. Qu’importe, le libanais fait un coup de force et arrive à faire remorquer le rafiot qui restera quelques temps à se balancer au large de Sète, le temps que les deux armateurs règlent leurs petits soucis de gros sous.


L’Edoil, 3 février 2003, resté 10 ans sur Sète

Depuis 1999,  l’Edoil un chimiquier de 1975 déclassé pour vétusté et reconverti dans le transport d’huiles alimentaires était dans le collimateur des organismes de contrôle internationaux. Il est en passe de faire partie des bateaux liste noire et à bannir lorsque il est immobilisé à Sète. Outre son look de sdf des mers, les motifs sont impressionnants: panne de générateur, un moteur bat de l’aile et les salaires n’ont pas été payés. Il bat pavillon du Tonga, île connue pour distribuer des pavillons comme le Christ des petits pains. L’armateur est grec et l’affréteur un bon suisse. Ce sera un concours d’inélégance de leur part, ils vont abandonner le bateau et l’équipage composé de 5 pakistanais, laissés sans salaires. Ils seront rapratriés chez eux sans espoir de revoir leur argent. L’Edoil a séjourné pendant près de 10 ans dans l’ancien bassin aux pétroles de Sète. L’addition de 240 000 euros a été plus que salée pour le port de Sète , car après plusieurs procédures judiciaires pour obtenir les autorisations de démantelage, il a fallu désamianter et cisailler la carcasse.

Le Rio Tagus, 2010
Arrivé à Sète en 2010, le Rio Tagus était sous pavillon de Saint-Vincent-et-Grenadines. Son armateur basé au Panama, criblé de dettes (redevances portuaires) abandonne le cargo et l’équipage qui n’est plus payé depuis belle lurette.

Le port de Sète engage une procédure judiciaire de déchéance de propriété, marche à suivre pour se débarrasser d’un bateau poubelle. Le port de Sète tente de le vendre dès 2013, au prix de 225.000 euros… il ne trouve pas preneur… le prix baisse à 100 000 mais toujours chou blanc aux enchères judiciaires en mai et septembre 2015. En 2018, un ferrailleur espagnol remporte l’enchère pour 11.000 euros. Le Rio Tagus devait être remorqué pour être démantelé en Espagne, les autorités françaises refusent le transfert. Le port de Sète fait un référé pour obtenir le démantèlement du cargo, refus du Tribunal administratif de Montpellier qui estime qu’il n’y a pas urgence à démanteler, les pompes mises en place afin d’extraire l’eau des cales écarteraient le risque de naufrage. En juillet 2020, l’affaire monte par devant le Conseil d’État… qui confirme la position du T.A. En mars 2021, sans doute de guerre lasse, le port de Sète ouvre un marché public de 90 000 euros pour démanteler le cargo.Il devait être remorqué sur le port de Brest pour la fin juin. En raison d’une fuite d’eau de ballast… l’opération est annulée et reportée à la fin de l’été.

Mars 2011: le Lena était presque neuf

Ce cargo n’était pas un bateau poubelle car datant de 2002. Mais l’armateur estonien a eu des démêlés avec sa banque qui a fait saisir le bateau à Sète. Six marins à bord qui repartiront 6 mois plus tard avec 80 % de leur salaire. Il faut dire que le Lena était une bonne affaire mais la première enchère n’a pas marché. Pas moins de dix armateurs attendaient que le prix de 1M  baisse, à la deuxième enchère, un turc a emporté le morceau a 580 000 euros.  Le Lena navigue toujours, le 28 septembre 2016, selon le site Vessels,  il se trouvait au Portugal sous pavillon maltais.

Littoral Occitanie: le jour où la mer est vraiment montée

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5 tsunamis historiques ont été répertoriés sur le littoral de l’Occitanie et parmi les tempêtes extrêmes de classe 5, ayant entrainé un raz de marée et des inondations jusqu’à plus d’un kilomètre à l’intérieur des côtes, celles de 1928, 1982 et 1997. Des dégâts souvent importants mais qui ont fait très peu de victimes. Notre dossier sur les tempêtes et tsunamis historiques et l’évolution des moyens d’alerte et de préservation du trait de côte.

Lorsque le 15 décembre 2020 à 17H30, pour une raison restée mystérieuse et désignée par la préfecture comme un « bug technique » , les sirènes ont retenti trois fois à Montpellier, mais aussi à Béziers et surtout à Sète, aussitôt sur le port des têtes sont sorties aux fenêtres, les réseaux sociaux ont été inondés de messages inquiets. On était tous à se demander s’il ne fallait pas prendre le chat, le canari, la couette, les lampes de poche, la miche de pain et le jambon avant de grimper sur le Mont Saint Clair.

Le choix de vivre en bord de mer et surtout en première ligne s’accompagne toujours d’interrogations parfois nourries par des rumeurs « la mer est montée jusque là ». Il y a ceux qui vivent dans le déni voire un optimisme béat et les « catastrophistes » qui tremblent à chaque coup de mer. L’étude des submersions marines et des tsunamis historiques recensés sur le littoral permet d’avoir une vision plus juste des dangers, afin de sensibiliser sur certains risques qui ne sont pas encore intégrés: se tenir loin des plages en hiver par coup de mer , savoir que l’achat d’un bien immobilier en première ligne est à bien réfléchir.

1982 en passant sur les plages c’était Beyrouth, photo DRE LR

Les trois tempêtes intenses qui ont touché le littoral de l’Occitanie en 1928, 1982 et 1997 sont intéressantes à étudier car les moyens météo et d’alertes n’étaient pas les mêmes . En 1928 la côte était peu urbanisée, en 1982 on a pas été capable de prévoir l’intensité du phénomène et enfin en 1997, on était loin du maillage de prévention et d’alertes actuels, de sensibilisation aux populations et des ouvrages pour protéger les lidos des tempêtes.

Stand météo Foire Agricole de Paris 1928

On sait peu de chose de la tempête de 1928, le compte rendu de l’honorable société de météorologie l’évoque à peine, préférant se consacrer à l’étude d’un cyclone sur les côtes malgaches. Le littoral du Languedoc Roussillon, zone peu peuplée sauf par les moustiques, ne devait pas émoustiller les esprits. Par contre une photo de leur stand d’exposition à la foire de Paris nous renseigne sur les pauvres moyens de la météo de l’époque, d’antiques baromètres et pluviomètres. Ce n’est qu’à partir de la seconde guerre mondiale avec les progrès de l’aviation que la météorologie s’est développée.

Les dégâts et la submersion marine de 1928 ont pu être répertoriés grâce à la presse locale de l’époque: le publicateur de Béziers, le Petit Méridional et l’Eclair.

Mais nos braves gens des côtes, du Grau du roi à Cerbère, comment ont-ils su que le ciel allait leur tomber sur la tête en 1928? les postes de radios comme les téléphones étaient rares. Les services météo de l’époque savent vaguement qu’une tempête arrive … à cause « d’une vaste zone dépressionnaire couvrant le nord-ouest, l’ouest et le sud-ouest de l’Europe, et s’étendant jusqu’à la Méditerranée occidentale« . On est le 20 mars, c’est exceptionnel de voir une tempête à cette date, ces phénomènes s’étalent plutôt de mi-septembre à fin février.

D’ailleurs cette année là, le bulletin de la bonne société de météorologie se gausse un peu des dictons sur la pluie et le mauvais temps. Y a t’il eu ce matin là, une « auba roja vent o ploja » (aube rouge, vent et pluie) et « Marin qui rit trahit« , le vent marin a toujours accompagné les épisodes de fortes pluies méditerranéennes, s’il souffle avec du beau temps, une tempête se prépare. Et si les nuages sont étirés et déchiquetés, les marins disent « voile haute a ariser ».

Mais l’indication la plus fiable de l’époque reste le baromètre qui passe en moins d’un jour à Sète de 1013 hPa à … 999. Il a commencé à chuter dans l’après midi du 20 mars. Avec un vent à 72 km. Il pleut depuis trois jours avec une mer déchainée, on relève 52 mm pour 24h à Montpellier et 20 mm à Narbonne. Les eaux gonflent sur l’Aude, l’Orb, l’Hérault, le Vidourle, le Rhône, le Gardon et la Vistre. A cause d’autres intempéries quinze jours plus tôt, ces cours d’eau étaient déjà en crue et donc les sols sont détrempés.

Et c’est aussi les houles d’Est puis Sud Est qui peuvent inquiéter les gens de mer. Ce type de houle est à l’origine de presque tous les grands naufrages de la région . Mais les submersions marines  ne correspondent pas nécessairement aux tempêtes et vents les plus forts.

Selon Albin Ullmann, climatologue-géographe « la surélévation la plus importante intervient lorsque le vent se propage du large vers la côte perpendiculairement au tracé  de celle-ci. Les houles d’Est affectant particulièrement le Roussillon, alors que les houles de Sud Est vont atteindre les côtes de l’Hérault et de l’Aude avec des hauteurs plus importantes. » .

Le 21 mars, le baromètre affiche 999 hPa avec un vent très violent de Sud Est. A combien? à plus de 110 km certainement selon les relevés sur Sète, certains témoignages parlent de pointes à 160 km, les anémomètres et girouettes de l’époque n’ont sans doute pas tenu le choc à partir d’un certain stade.

Aude, raz de marée et crues

Le mercredi 21 mars 1928 à 4 heures du matin, avec une mer déchainée et un vent de Sud Est violent, le raz de marée commence à Gruissan, les digues des Salines de Saint Martin s’écroulent sous l’assaut des vagues et de la houle. L’eau envahit les rues du village, à hauteur d’un mètre, les habitants pris de panique se réfugient aux premiers étages des maisons. Pendant plusieurs jours, on va circuler en barque dans les rues, c’est une catastrophe, les caves remplies d’engrais et de céréales à cette époque sont  inondées, les poulaillers et le vignoble noyés. Gruissan d’autrefois a l’habitude des coups de mer et inondations, périodes au cours desquelles les morts allaient en barque au cimetière, comme à Venise. En 1899, le premier café de Gruissan et les bains de mer avaient été détruits lors d’une tempête.

Le Publicateur de Béziers 22 mars 1928.AD de l’Hérault

Autre conséquence du raz de marée de 1928, comme les fleuves ne peuvent se déverser dans la mer, et que l’Aude est gonflée par les pluies, à 16 h la crue atteint les 5 mètres à Coursan, inondant la plaine jusqu’à Fleury. La Nationale entre Narbonne et Béziers est inondée, 500 élèves pensionnaires sont évacués en chariot.

A 7H30, le raz de marée touche Port la Nouvelle. Les habitants prennent la fuite, d’autres, prisonniers des flots, sont secourus en barque.  La moitié des maisons est sérieusement endommagée par les flots, les vignes de la plage submergées par un mètre d’eau, la récolte est perdue mais aussi les souches à cause du sel de mer. Les animaux ont péri. Dans le port toutes les embarcations sont à la dérive. De mémoire d’ancien on avait pas vu tel raz de marée depuis 50 ans.

Presque au même moment, les vignes autour de Leucate sont inondées surtout sur les secteurs de Coussoules, à Mouret l’ancien grau se rouvre sous l’effet de la houle, la pointe de la Corrège est submergée. Fort heureusement à cette époque les lieux ne sont pas urbanisés, tout l’habitat est au village de Leucate.

Reconstitution de la submersion marine de 1928.Document BRGM

 

Dans l’Hérault

L’Eclair 22 mars 1928.AD Hérault

Valras-Plage subit de plein fouet la crue de l’Aude , un « raz de marée » se produit à l’embouchure de l’Orb qui n’arrive pas à se déverser dans la mer. Le niveau d’eau par endroit va presque atteindre les 6 mètres selon le quotidien régional l’Eclair. Elle serait montée jusque derrière l’ancien Casino qui est encore en travaux. Le village entier aurait été inondé, les habitants ont du se sauver ou se réfugier aux étages. Des vagues s’abattent comme en pleine mer sur les hôtels et villas situés en front de mer. Les lignes de tramway sont inutilisables. La route entre Sérignan et Valras est inondée. Lors du reflux des eaux, les rues de Valras sont jonchées de débris et d’algues. La plupart des habitations, commerces et hôtels sont sérieusement endommagés. Il n’y aura pas de victimes recensées, selon les photos de l’époque certaines « villas » qui appartiennent en majorité à des gens de Béziers, sont en structures légères avec du bois et des bardeaux.

Valras, à gauche, marqueur jaune arrivée des flots en 1928.A droite carte d’Etat Major 1818 Valras Plage, le village n’existait pas mis à part quelques cabanes autour des Bains de Mer entourés d’eau.

A Agde, de 2H à 6H du matin, l’Hérault avec une côte de 3m90, déborde envahissant les quais. La mer  a submergé le cap d’Agde alors désert, l’eau a pénétré jusqu’à plus d’un kilomètres dans les terres, arrachant des vignes. D’importants blocs de pierre ont été déplacés à la digue Richelieu. Les viticulteurs sont ruinés.

Agde inondations 1928. J.Becké. Archives Départementales de l’Hérault

A Sète, peu de dégâts sont signalés, mis à part que la mer aurait submergé les quais à la hauteur du pont de la Savonnerie. L’île Singulière a très rarement vu par la suite ses eaux monter jusqu’à déborder les quais car l’étang de Thau absorbe les surplus, ce qui peut prouver que la tempête de 1928 était d’occurrence centennale. Un épisode pluvieux intense avec un fort courant entrant et d’une élévation du niveau de la mer de plus d’1m.

A Palavas les eaux du Lez refoulées par la mer déchainée ont envahi les rues, tous les habitants de rez-de-chaussée ont du évacuer. Rive gauche la mer a crevé, le Kursaal est sous l’eau, la toiture du Casino s’est effondrée et la salle de spectacle est un amas de gravats balayée par les vagues. Sur la rive droite, le bout de la jetée a été emportée sur une longueur de 25 m, l’institut marin St Pierre est entouré d’eau. Des tuiles, des bouts de cheminées et des galets jonchent les rues, les poteaux électriques sont pliés. De mémoire des plus vieux pêcheurs, même la forte tempête de 1907 n’était pas aussi violente. Pendant plusieurs jours la route de Montpellier sera coupée à plusieurs endroits notamment au niveau des Quatre canaux.

 

 

Gard

Il neige à Nîmes ce 21 mars 1928 et le vent a descellé le monument aux morts de Saint Gilles du Gard.

Au Grau du Roi , la mer rendue très houleuse par un vent d’Est épouvantable a envahi les rues de la localité et l’eau a traversé dans les ouillères et dans l’étang du Levant (Repausset Levant), occasionnant pas mal de dégâts .
Après l’Espiguette, la mer a envahi le Rhône mort, et par ce dernier, les eaux salées ont pénétré à hauteur de l’actuel parking de la plage et dans les secteurs de Figuerasse, Terre-Neuve, Rhuys-Blas et St-Roman. La chaussée bordant les campagnes et sur laquelle est établie la voie Decauville les desservant a été emportée sur plusieurs kilomètres et est recouverte par 40 centimètres d’eau. Port Camargue n’existait pas et la plage de l’Espiguette était réduite d’environ 300 mètres.

Droite: trait de côte en 1818 à l’Espiguette matérialisé en jaune sur la carte actuelle , flèches bleues arrivée des flots en 1928

Pyrénées Orientales

Au Barcarès, la tempête de 1928 aurait recouvert le lido en produisant une action des vagues se faisant ressentir jusqu’à 330 m à l’intérieur des terres. Elle aura pour conséquence la destruction totale de la gare et la plupart des maisons jusqu’à la gare furent inondées. Des témoignages font état de vagues transportant des barques et les projetant sur les logements de première et deuxième ligne. Les fragiles hameaux de cabanes de sagnes (roseaux) sont détruits sur la plage et sur les rives de l’Etang de Salses-Leucate, le grau de l’actuel port alors ensablé s’était peut-être rouvert.

La fameuse gare détruite a longtemps été située au niveau de la poste actuelle… or, les photos de l’IGN le démontrent clairement, les ruines de cette gare et le terminus de la ligne de chemin de fer au Barcarès, se trouvaient à l’emplacement de l’actuelle école maternelle Jean Moulin . Construite en 1971. Cette destruction a sans doute été un effet conjugué d’eaux de pluie et de mer car rapporté par l’Indépendant de Perpignan du 12 juin 2015 suite à de fortes pluies « A l’école Jean-Moulin, l’eau est montée « à 20 centimètres dans le réfectoire » selon les pompiers. Les 97 enfants et leurs 21 encadrants ont été transportés en bus vers le Mas de l’Ile « par mesure de précaution ». Depuis, la situation est rentrée dans l’ordre. en deux heures, il est tombé 72 millimètres d’eau« . A noter qu’en 1928, la ligne de chemin de fer alors surnommée ironiquement en catalan « Le Mata Burros » (qui tue les ânes) suivait peu ou prou l’actuel boulevard du 14 juillet.

Barcarès IGN 1939 à droite, marqueur jaune sur le point d’arrivée du raz- de- marée de 1928, droite le marqueur sur l’emplacement actuel

A Argelès, la route de la corniche est recouverte d’eau, à Port Vendres les 55 tonnes de maçonnerie de la jetée ont été emportés, à Collioure l’eau est montée à près de 200 mètres sur le port d’Avail submergeant la route et jusqu’à la porte de la mairie. Enfin à Cerbère, les vagues sont arrivées jusqu’à la mairie en emportant la route.

La presse locale n’a relevé aucune victime lors de cette tempête alors que le raz de marée est arrivé en pleine nuit dans certaines communes. On est en hiver, Le littoral est peu urbanisé, peu protégé par des épis et digues, et les constructions sont des structures légères, cabanes de roseaux des pauvres, villas et commerces en mauvaise maçonnerie et souvent sur de minces pilotis. Mais ce caractère naturel avec ses graus était adapté aux tempêtes.Les sédiments des rivières et cours d’eau permettaient de recharger les cordons dunaires et plages, l’urbanisation du littoral a contrarié les cours d’eau par des barrages ou extractions.

1982, l’urbanisation du littoral à l’épreuve de la tempête

Avec le plan Racine,en 1970, a commencé l’open bar de l’urbanisation du littoral, avaient t’ils enquêté avant ce projet sur les submersions historiques? certains choix démontrent que non, les archives de journaux n’étaient pas organisées quant à la mémoire collective, il suffit de regarder l’exemple de l’école primaire du Barcarès.

 La priorité était de chasser les moustiques, des ports ou des quartiers ont été construits sur d’anciens graus, ce sont ces endroits qui souffrent le plus aujourd’hui pendant les coups de mer. Des graus qui s’ouvraient et se refermaient au gré des tempêtes.

Argelès le Racou juste devant les actuelles maisons, un grau en 1918.

 » Concernant la mission Racine, je pense que si la mémoire des tempêtes était présente, cela n’était pas alors la priorité de la Mission, et on était encore sur le principe de « la science ou l’ingénierie trouveront des solutions » analyse Yann Balouin, Expert Littoral du BRGM Occitanie (Bureau Recherches Géologiques) » C’est ce qui explique notamment que la tempête de 1982 a causé beaucoup de dégâts car c’était la 1ère tempête majeure après la fin de la mission Racine, et c’est elle qui a déclenché à la fois un certain nombres d’aménagement de protection et les suivis du littoral par le SMNLR (Service Maritime et de Navigation du Languedoc-Roussillon) ».

Tempête du 21 mars 1928 reconstituée par le site meteociel.fr

La tempête de 1928 présente des similitudes avec celles de 1982 et 1997. Une dépression atlantique très creuse ,centrée entre le Golfe de Gascogne et les îles britanniques, qui bute sur un anti-cyclone situé sur l’Europe centrale ou la Scandinavie.
 » Cela entraîne un flux de sud sur le Languedoc » explique Pascal Boureau prévisionniste à Météo France Toulouse  » Au passage de gouttes froides en altitude (entre Baléares et Cévennes) la convection se renforce et de puissantes cellules orageuses se déclenchent : le vent du sud souffle alors en tempête. Pour 1928, il y a et un flux de sud en basses couches qui commence dès le 18 mars. C’est peut-être l’accumulation pendant plusieurs jours du vent de la mer qui a accentué la surcote, même si dans cette situation il n’y a pas eu de grains orageux susceptibles d’amplifier le phénomène. ».

Les côtes françaises sont considérées comme des endroits générant le plus de terribles tempêtes en Méditerranée, d’où l’injustice faite à nos marins souvent dépréciés au regard des navigateurs bretons. Depuis l’Antiquité les tempêtes du Golfe du Lion ont fait l’objet de récits terrifiants, d’où son nom « Sinus Leonis » donné par les navigateurs espagnols à cause des rugissements de la mer démontée. Parmi les récits, celui de Guillaume de Nangis, le confesseur du roi Saint Louis, dont le bateau fut pris dans une terrible tempête après avoir quitté Aigues-Mortes.

1928, les tremblements de terre et la tempête

 

Il y a peut-être une autre explication à la surcote de 1928 entrainant un raz de marée. Depuis 5 mois avant

la tempête du 21 mars, de fortes secousses sismiques se produisent: Italie, France, Autriche, Serbie, glissement de terrain à Gênes… au Chili et au Japon éruptions volcaniques. A relever des pics de froid de -10 degrés et des températures exceptionnellement douces de 20 degrés, des grêlons énormes, des inondations… le 13 mars tremblements de terre en Sicile et le jour même de la tempête du 21 mars des secousses sismiques au Mexique pendant plusieurs jours.

 

Et surtout en mars 1928 c’est aussi l’émergence en Indonésie de l’Anak Krakatau , dans le Krakatau dont la terrible éruption et tsunamis en 1888 ont provoqué des chutes de températures en Europe, les effets des vagues ont été ressenties jusqu’en France. Le raz de marée de 1928 sur les côtes d’Occitanie n’a jamais été classée en tsunami (un mini tsunami sera toutefois relevé à Agde en 1929) mais le doute peut persister sur une surcote de tempête accentuée par des phénomènes sismiques ou/et un glissement de terrain quelque part dans le Golfe du Lion.

La tempête des 6/7/8 novembre 1982

En 1982 tout le littoral est urbanisé ( de 1960 à 2000 :1 million d’habitants de plus), des enrochements et épis ont été construits pour endiguer les flots. Toutefois, avec le recul , les experts littoral Occitanie estiment aujourd’hui que ces travaux ont accéléré la détérioration du trait de côte. En modifiant les courants, ils ont perturbé les déplacements sableux et accentué l’érosion entre ou devant les épis.

Le dimanche 6 novembre, la météo avec ses moyens de l’époque, annonçait « des vent maximums de 90 km, des averses localement fortes, le phénomène pourrait durer 36H« . Cela s’est traduit par du 12 Beaufort, des pointes à 160 km ( d’est-sud-est), des vagues côtières de 8 mètres (très forte houle de sud-sud-est) et des niveaux d’eau d’1m70 dans le port de Palavas.
Comme en 1928, faute de houlographes, marégraphes et bouées, les hauteurs de vagues, houles et surcotes seront faites « a vista de nas », à vue de nez…

Le phénomène a été rapide, le dimanche après 17H00, certains s’inquiètent de choses « anormales »: une rivière qui grossit dans le jardin, des appels aux pompiers signalant des arbres abattus, des éboulements… Dans la soirée sur le littoral de l’Hérault, alors que l’eau monte dangereusement, des riverains refuseront d’être évacués « on a l’habitude des tempêtes« . « Pas de force majeure » diront les gendarmes qui vont refuser d’aider le pauvre maire de Frontignan qui devra évacuer en pleine nuit ses administrés avec les employés municipaux et les sapeurs-pompiers et dans les hautes sphères un administratif va refuser de demander le déclenchement du plan ORSEC, il se ravisera à minuit.

Après la tempête, le rapport d’enquête Lagadec demandé par Matignon, pointe tous les manquements et plaide pour un principe de précaution en matière de météo avec une fourchette plus large de l’estimation des vents. Côté alerte aux populations, faute de réseaux avec les médias, l’information n’a pas circulé, laissant place aux rumeurs. Enfin aucune coordination entre départements, certains faisant venir l’hélico ou l’armée pour des faits mineurs. Les pluies ont duré 36H, avec des records, 610 mm de pluie à Py dans les Pyrénées Orientales. Les fleuves ne pouvant plus s’écouler, si les 36H s’étaient prolongés, le rapport Lagadec estime qu’on aurait frôlé une catastrophe majeure.

Toutes les stations balnéaires sont touchées: pontons emportés, digues submergées, embarcations coulées. Avec la même configuration de houle et de vents qu’en 1928, le fait que cette fois Sète soit la ville la plus touchée prouve que chaque tempête est unique.

1982 route entre Sète et Marseillan, image aérienne envahissement du Lido. Photos DIREN LR

Sète, est l’un des points où il se produit le plus de tempêtes sur le littoral d’Occitanie, du fait de son emplacement assez sensible aux coups de vents très forts d’Est à Sud Est, mais aussi face aux rares épisodes importants de Sud. Avec une houle estimée à près de 10 mètres et une surcote d’1M40, à l’entrée du port les tétrapodes ont été brisés et au brise lame la pointe de l’épi Dellon détruit. Dans le port un porte-conteneurs géant, le Lucie- Delmas a cassé ses amarres, deux remorqueurs devront le maintenir. « Ils venaient de construire un petit phare au bout de la jetée, il a disparu » raconte Jean-Paul alors grutier au port. « Entre Sète et Marseillan, par endroits, il n’y avait plus de route cela faisait comme si la mer arrivait à Mèze. Par contre les quais n’ont pas débordé, c’était à ras de la pierre froide« . La mer avait repris ses droits tout comme lorsque Sète était une île. Les dunes ont disparu et leur sable emporté dans les vignes derrière le chemin de fer. Sur l’étang de Thau les parcs à huitres sont détruits .« Les restaurants sur la plage de Sète ont été rasés par les vagues, en passant en bateau on se serait cru à Beyrouth » raconte un témoin.

A Frontignan, des riverains ont du être évacués, le cordon dunaire de la plage des Aresquiers  est coupé, la route submergée.

A Palavas, 1m70 d’eau (NGF) relevés dans le port. Des bateaux de plaisance partent à la dérive dans les rues, où le niveau d’eau atteint 60 centimètres . 2500 personnes sont évacuées sur une population estimée à 4000 personnes en cet hiver 1982. Il y aura trois victimes, des non résidents ayant voulu rentrer chez eux à tout prix et emportés par une crue sur leur trajet.

Valras DREAL

En Camargue

On a mesuré plus d’1M30 de surcote dans les ports, à Port Camargue des appartements sont inondés, le phare de l’Espiguette endommagé, le parking submergé tout comme les Baronnets et les Quatre Maries. Les Salins d’Aigue Mortes sont noyés sur 2500 mètres, à la Grande Motte les vagues manquent de peu d’exploser une conduite de gaz à l’étang du Ponant. Le cordon littoral sous l’effet des vagues a reculé de 20 à 30 mètres par endroits.

Aude

Gruissan: des ouvrages de protection endommagés au niveau du port, à la coopérative BRAMOFAN et au niveau du vieux village et de l’Aurolles.

Narbonne plage 1997 /DREAL

 

Pyrénées Orientales

Cerbère dégâts sur la digue ;DRE LR

Saintes Marie la Mer: 70 cm d’hauteur d’eau dans les rues. Une victime à Port Vendres, un militaire stagiaire emporté par une vague. Le môle et les pontons sont endommagés. 1m70 d’eau relevés dans le port. Cerbère: comme en 1928, la digue a été crevée sur 8 mètres.

 

 

Argeles au Racou : effondrement de 2 villas et des terrasses détruites avec du sable atteignant le plafond de certains rez-de-chaussée.1m50 d’eau sont relevés dans le port.

 

Argelès 1997. DREAL LR

La tempête du 16 au 17 décembre 1997 sera plus prévisible car depuis 1987, des houlographes et marégraphes sont installés .
Moins de pluie qu’en 1982 mais les vents vont atteindre les 180 km à Leucate. Avec des niveaux de houle de plus de 6 mètres.

Leucate 97 /DRE

Mêmes dégâts qu’en 1982, des installations et protections endommagées sur tous les ports et  des maisons en première ligne mer touchées voire détruites (Argelès, Saintes Marie la Mer, Vias , Valras ). A Banyuls la rue Maillol est endommagée, à Leucate  le parapet du front de mer déborde. Inondations à Agde, le phare est fissuré, 150 arbres arrachés, l’école de musique, l’école victor Hugo et le Foyer de la Calade ont subi des dégâts. A Port Camargue et au Grau du Roi: digues, épis, quais et seuils de maisons ont été touchés ainsi que les espaces verts du bord de mer. A la Grande Motte, le brise lame est défoncé sur quinze mètres.A Sète, encore des dégâts très importants sur la RN 112, l’ un des trois épis du Lido est détruit, la Pilotine Saint Clair III (bateau pilote) a coulé au quai d’Alger. Comme en 1982 , la surélévation de l’étang de Thau a causé des dégâts à Bouzigues (passerelles et digue ouest) et à Balaruc, affaissement du plan du port sur environ 20 m. A Frontignan des dégâts sur la digue, un restaurant sur la plage détruit et des évacuations de riverains. A Villeneuve-Lès-Maguelone le cordon dunaire a tenu mais la colonie de vacances est ensablée.

Les sites les plus vulnérables et le trait de côte

Deux des tempêtes n’ont fait aucune victime, une noyade a été relevée en 1982 et un accident qui aurait pu être évité si les personnes n’avaient pas pris la route.
Un bilan, malgré des dégâts matériels importants, qui peut rassurer. Mais qui ne met pas à l’abri d’un phénomène hors normes. »Les sites les plus vulnérables sont effectivement fortement dépendants des tempêtes et des aménagements qui sont faits » explique Yann Balouin, Expert Littoral du BRGM Occitanie qui pilote le réseau de suivi des tempêtes et de leurs impacts. » Globalement, un front de mer peu élevé bordant une plage étroite est bien plus vulnérable, ce qui représente déjà un bonne partie des fronts de mer de la région. Les tempêtes étant plutôt d’Est ou Sud Est, c’est l’est Hérault qui est le plus exposé, ainsi que l’Aude qui a toutefois la chance d’avoir un stock sédimentaire plus important, des plages plus larges qui amortissent plus les tempêtes« .

Lido Sète après une tempête

Outre les tempêtes, la montée inexorable des eaux se poursuit, mais les scénarios sont encore flous, en étant optimiste de seulement 25 cm en 2100, et au pire  de 1m. Le plan Littoral 21 en Occitanie revoit la copie de la préservation du trait de côte, à Sète les épis sont immergés, on replante sur les dunes, apports de sable. En zone à risques des relocalisations d’activités ne sont pas exclues. Les nouvelles approches pour lutter contre l’érosion portent déjà leurs fruits comme en témoignent les élus de Vias, Saintes Marie la Mer et Sète: https://www.brgm.fr/fr/actualite/video/gestion-trait-cote-littoral-sableux-region-occitanie

 

Vias la vue mer n’est pas toujours facile à vivre, DREAL LR

Toutefois, en 2021, les moyens d’alertes et de prévisions sont importants: la mer est scrutée, auscultée en temps réel par les marégraphes, houlographes et bouées du SHOM ( Service Hydrographique de la Marine) et de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement) qui selon les hauteurs vont mettre différentes équipes sur le terrain avec des moyens photos, vidéos et  bathymétriques  (Délégation Mer et Littoral,EID, Conseil Régional, Départements) . En lien avec ces différents intervenants, dans le cadre de PREVIMER, Météo France avec ses modélisations (Arpège pour les surcotes) émet un bulletin d’alerte.

Depuis 1995 et l’instauration des PPRI (Plan de prévention du risque inondation) par la loi dite Barnier, les communes du littoral se sont dotées d’une règlementation en matière de construction. La lecture de ces PPRI ,parfois en cours, livre des moments homériques entre les services de l’Etat qui veillent au grain, les maires et les habitants. Des habitants souvent peu présents lors des enquêtes publiques, sauf ceux qui voudraient bien que leurs terrains soient constructibles et des maires écartelés entre un besoin vital de logements et de l’autre la prise de risque sur les permis de construire. Il faut bien leur accorder que nul maire, à moins d’être un mafieux ou un neuneu patenté, n’a envie de se condamner à perpétuité moralement et pénalement en accordant un permis de construire qui pourrait générer une catastrophe.

1997-entre-Narbonne-plage-et-Fleury-DREAL.

Point besoin d’être grand clerc  pour comprendre que bien avant la lente montée des eaux, des villas et immeubles risquent la catastrophe en cas de tempêtes extrêmes. La belle vue sur mer comporte des risques, il faut les intégrer, pouvoir vivre avec et se dire qu’on ne lèguera peut-être pas le bien à ses descendants.

Vrais tsunamis recensés
L’historique des tsunamis (liés à la sismicité) est difficile à faire pour le Languedoc-Roussillon où les côtes ont été peu peuplées.

Pour déterminer les risques de tsunamis, les sismologues décryptent les grands séismes historiques. Le terme «tsunami» n’a été adopté par les scientifiques européens qu’en 1960, après le séisme de magnitude 9,5 au Chili qui fit plus de 5000 victimes. Avant, on parlait de raz-de-marée.

Même en Bretagne où les témoignages sont plus courants, des carottages de recherche de sédiments sont faits sur les rivages pour valider les récits. L’historique des tsunamis et raz de marées dressé par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) sépare bien les « vrais » tsunamis, terme employé depuis les années 1960 pour désigner les submersions d’origine sismique ou volcanique , et , les raz de marée ou coups de mer générés par les tempêtes.
Le premier phénomène de submersion, considéré comme un tsunami, de force 3, cité sur le littoral de l’Occitanie remonte à 1717,le 16 juin, et il s’agit d’une sorte de mascaret, un flux et reflux, vraisemblablement du à un glissement de terrain, sur la rivière Hérault au Grau d’Agde.

Bouchon de mer à l’embouchure de l’Hérault. Photo DREAL LR

La vierge miraculeuse des tempêtes

Les flots et l’élévation du niveau de la mer s’engouffrent dans l’embouchure ce qui peut provoquer une vague remontant le cours d’eau. Sans doute que le même phénomène est lié au culte de la vierge miraculeuse Notre Dame de l’Agenouillade du Grau d’Agde. La légende liée à la tradition orale, fait état de flots d’une puissance inouïe, poussant les eaux dans les terres et menaçant d’inondation toute la contrée. Les moines prièrent et l’un d’eux vit apparaître la Vierge Marie, agenouillée sur un rocher. Aussitôt, les eaux commencèrent à refluer. Au Moyen Age, le culte de Notre Dame de l’Agenouillade drainait des milliers de personnes, le plus souvent des familles de gens de mer de la région. L’église (qui renferme encore la pierre ou la vierge aurait laissé l’empreinte de son genou) possédait une énorme collection d’ex-voto de marins rescapés de « coups de mer », hélas, les plus anciens ont été détruits lors de la Révolution Française et beaucoup d’autres volés.

Petit tsunami à Agde 1929. Le publicateur de Béziers AD Hérault

Au Grau d’Agde encore, en plein été le 9 août 1929, un an après la terrible tempête de 1928, un tsunami est relaté, sur un ton léger presque amusé, les habitants ne semblent pas avoir été effrayés et aucun dégât n’est rapporté.

Risques de tsunamis sur le littoral de l’Occitanie

 

Grau du Roi, deux tsunamis

Petit tsunami au Grau du Roi

En Méditerranée, les zones sismiques susceptibles de générer des tsunamis sont celles des côtes Algériennes et surtout de la Ligurie, zone au nord de la Corse. Sur le littoral de l’Occitanie le risque est relativement faible comparé à la région PACA, plus proche de la Ligurie.  Le 17 juillet 1841, un tsunami de force 3 aurait eu lieu à Sète, le phénomène aurait été également ressenti au Grau du Roi et quelques jours avant soit le 14 juillet à Marseille, de force 2. Peut-être un affaissement de terrain dans le golfe du Lion. Et le 20 août 1890, au Grau du Roi, nouveau tsunami de force 3, les grauléens diront qu’ils n’avaient jamais vu ce phénomène depuis cinquante ans, en référence à celui de 1841.  

Curieusement c’est le Figaro qui fera état de ce tsunami, pas une ligne dans la presse régionale, notamment l’Eclair , ce qui indique, peut-être, que les dégâts n’ont pas été très importants.
Les dégâts ont été évités sans doute parce que le Grau du Roi et Sète ont  des canaux et étangs pouvant absorber une montée des eaux. En résumé, 5 tsunamis historiques en Languedoc Roussillon, de force 3, au Grau d’Agde, à Sète et au Grau du Roi. En comparaison la région PACA a enregistré une quinzaine de tsunamis, sans dommages considérables, le plus marquant étant celui du 16 octobre 1979 à Nice, l’effondrement d’une plaque qui a causé une submersion à l’embouchure du fleuve Var, entrainant la mort de neuf ouvriers qui travaillaient su le chantier de l’aéroport et d’une commerçante. En Méditerranée la France, la Grèce et la Turquie ont été désignés pour la surveillance des tsunamis, une mission dévolue au CENALT (Le Centre national d’alerte aux tsunamis) qui veille au grain en temps réel en s’appuyant sur les réseaux régionaux de marégraphes et houlographes du SHOM.

 

 

Anne Oriol-Tailhardat

 

Bibliographie

.Les tempêtes marines sur le littoral du Languedoc-Roussillon BRGM 2011/historique des tsunamis.BRGM

Archives départementales de l’Hérault: L’Eclair, le Petit Méridional, le Publicateur de Béziers (1928)

.Gallica: Le Figaro 1928/1930
.Analyse historique long terme de l’évolution du rivage et de paysages littoraux d’Occitanie 2021 association SAVE
.Lenthéric C, 1876. Les villes mortes du Golfe de Lion
. IGN rubrique « remonter le temps, comparer »
.Cépralmar (2008), Etat de l’art des connaissances du phénomène de comblement des milieux lagunaires,
.Tabeaud, M., 1995 – Les tempêtes sur les côtes méditerranéennes françaises.
.Rapport Lagadec1982, mission tempête 1982
.DREAL LR 2011 la prise en compte des risques dans les stratégies d’aménagement, la submersion marine
.Andreu-Bossut V, 2008. La nature et le balnéaire. Le littoral de l’Aude.
.Larguier G, 2012. Les Hommes et le littoral autour du Golfe du Lyon, XVIe – XVIIIe. PU Perpignan, Etudes,
.Gervais M, « Impact morphologiques des surcotes et vagues de tempêtes sur le littoral
méditerranéen ». Thèse de doctorat en Océanologie, sous la direction de Serge Bergé et de Yann Balouin, Université de Perpignan Via Domitia,.
.. https://www.brgm.fr/fr/actualite/video/gestion-trait-cote-littoral-sableux-region-occitanie

.PPRI de Sète, Valras et Le Barcarès

.Albin Ulmann « Changement climatique et évolution des tempêtes dans le Golfe du Lion : approche par intégration d’échelles spatio-temporelles »

Collioure l’Orientale: entre pêche et corsaires

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Crédit photo Yannick Dedieu

Couleurs vives, ruelles aux allures de Casbah, entre citronniers et grenadiers, il règne à Collioure un parfum d’Orient. La cité maritime a été wisigothe, maure, catalane espagnole. Ses habitants ont été maintes fois razziés par des pirates tout comme ils ont razzié lors de courses corsaires. Et même vendu des esclaves.

Des couleurs comme sorties du tube de peinture, ce terme employé par les fauvistes, explique l’engouement de Matisse pour Collioure. C’est la lumière colorée de la Méditerranée éternelle, ce parfum d’aventures et d’embruns sur fond de pêcheurs aventuriers. Collioure était catalane avant d’être française, par le traité des Pyrénées en 1659, qui mit fin à trente années de guerre avec l’Espagne.

Comme le reste de l’Espagne, elle a subi la domination des Maures Del Andalus mais aussi cette guerre maritime sans merci où espagnols et turcs se razziaient à tour de bras. « Habillez vous avec des tenues françaises!  il est évident qu’habillés en catalans les pirates ne font pas la différence » conseillait en 1755 le lieutenant général de l’Amirauté de Collioure, las de voir les pêcheurs de Collioure se faire enlever ou attaquer, alors que la cité était devenue française et que des accords de paix existaient avec les cités turques ou arabes de « Berbérie » (Alger, Tunis,Tripoli). Encore aujourd’hui , témoins de ces peurs des pirates venus de Berbérie, on relève aux alentours de Collioure, des noms de lieux dits « maures » ou « sarrazins » (Anse de la Mauresque, tour sarrazine)

Collioure

Pirates turcs, majorquins, anglais, hollandais…

Et si on échappait aux chébecs ou saetias* des pirates turcs, il restait encore les Majorquins, le péril était si grand que les habitants de Collioure demandèrent à Louis XIV l’envoi d’une galère pour leur faire la chasse. Ajouter à ces calamités, qu’au gré des guerres contre l’Angleterre ou la Hollande, leurs corsaires se mettaient également à chasser du bateau français.

Jusqu’en 1830, date de la prise d’Alger pour faire cesser justement la piraterie, pêcheurs mais aussi habitants des côtes du Languedoc et plus particulièrement du Roussillon risquaient de se faire enlever et vendre comme esclaves.

L’affaire n’était pas nouvelle , déjà 1135, l’évêque d’Elne, Ugaldar, signalait que les Sarrasins demandaient cent jeunes vierges pour le rachat des nombreux captifs qu’ils avaient enlevés. Des compagnies religieuses s’étaient créées pour aller racheter les habitants enlevés. Les riches… que les marchands d’esclave repéraient à leurs mains sans traces de labeur et mettaient à part dans l’espoir d’une bonne rançon. Les autres croupissaient sur des galères turques où comme esclaves dans une maison d’Alger, sauf s’ils acceptaient de renier la foi catholique et se fassent musulmans.

Saetias pirates barbaresques à l’attaque d’un navire

 

Les renégats: marins d’Allah

Parfois la cérémonie se tenait sur le bateau pirate, une phrase de reniement suffisait, l’homme était circoncis sur place et devenait libre, car un musulman ne pouvait mettre en esclavage un autre musulman. Personne ne revoyait jamais ces pauvres hères sauf…lorsque très rarement ils s’échappaient où étaient repris en tant que renégats sur des bateaux de pirates turcs ou arabes.

Ils étaient alors traduits devant l’Inquisition espagnole. Lucile et Bartolomé Bennassar  « Les chrétiens d’Allah : l’histoire extraordinaire des renégats. XVIe-XVIIe siècle » ont épluché les procès verbaux de près de 1700 renégats interrogés par l’Inquisition. Une bonne douzaine sont issus de la région Occitanie dont cinq du Roussillon: deux de Cerbère, deux de Collioure et un d’Elne.

Pères trinitaires rachetant aux Turcs des esclaves chrétiens Pierre Dan 1649

.Juan dit le Catalan, de Cervera (Cerbère) avoua en 1574, sous la torture être un bon musulman, razzié par les « turcs » à l’âge de 22 ans, apparemment sa vie en « Berbérie » lui plaisait. Revenant en voyage, six ans après en Espagne, il fut dénoncé comme renégat, arrêté et condamné à la prison à perpétuité car « tiens réellement pour bonne la foi et la secte de Mahomet ».
.Pedro de la Mata, de Cervera (Cerbère) 22 ans, soldat razzié à l’âge de 19 ans alors qu’il était allé ramasser des légumes. Il confesse être devenu musulman et avoir pratiqué mais pour sauver sa vie. Comme en plus il s’est échappé, en 1647 l’Inquisition le relaxe
.Jordi de Marin, 22 ans, renégat originaire d’Elne, a été rebaptisé Ali. Enlevé à terre, il fut vendu comme esclave à Tunis puis est devenu musulman, par force et battu indique t-‘il. L’argument ne passe pas, car il a été repris alors qu’il naviguait sur un bateau pirate turc, en 1615 l’Inquisition le condamne aux galères.

.Urbano Viquer, de Colibre (Collioure), capturé a 16 ans, vraisemblablement sur un bateau de course corsaire catalan. Il devient musulman, 2 ans plus tard en 1573, il s’enfuit alors qu’il accoste en Sicile sur un bateau de course turc et se présente volontairement devant l’Inquisition avec un grec et un sicilien et un provençal de Saint-Tropez du même équipage. Il est relaxé et renvoyé chez lui.

. Montserrat Fabra, de Colibre (Collioure), lui est recherché par l’Inquisition en 1607, dénoncé sur des affiches comme renégat à Alger, sans doute il a été vu sur place par des « esclaves » rachetés par la suite. Il est précisé qu’il se fait appeler Hazan et s’habille en maure avec un turban.

Celui là n’est sans doute jamais revenu, car pour beaucoup issus des milieux pauvres , devenir renégat pouvait ouvrir une voie à la richesse et aux honneurs. Comme ces deux languedociens, l’un de Sérignan et l’autre de Montpellier, renégats devenus de redoutables « raïs », c’est à dire chef et patron d’un navire pirate barbaresque. Sur la population d’Alger en 1630, on estime que la moitié étaient des renégats et seuls 0,34% d’entre eux furent capturés et remis à l’Inquisition.

Collioure, 1888 collection Trutat.

 

Le Port de Collioure ouvert aux pirates

Ceux de Collioure ont toujours été de fameux marins et pêcheurs. Habitués aux tempêtes de la Méditerranée, aux vents de Fort Béar parmi les plus violents de la côte française et aux courants vicieux du Cap Creus.

Avant Sète ou Palavas les Flots, ils ont pêché  le thon puis la sardine et enfin l’anchois de Collioure, vendu à la célèbre foire médiévale de Beaucaire. Les Génois qui croisaient souvent en eaux catalanes, un vent puissant leur permettant de vite faire la traversée, ont sans doute apporté beaucoup de leurs techniques aux pêcheurs de Collioure.

Côté marins, l’escadre de Collioure était réputée chez les rois d’Espagne, deux galères de la cité maritime étant de l’expédition pour porter secours lors de la chute de Constantinople en 1355.


Collioure a été privilégiée par les rois d’Aragon. Pour ces derniers, sans doute que la petite bourgade située à la frontière avec la France, avait un parfum de dépaysement. Ils en firent en 1385 leur résidence d’été, le port éloigné du pouvoir central jouissait d’une certaine autonomie et de privilèges.

La petite cité maritime avait le droit de recevoir des pirates et corsaires, de leur vendre des vivres et de leur acheter des marchandises. Collioure vivait de belles heures, où les malandrins des mers trouvaient un havre pour écouler  leurs larcins provenant de toute la Méditerranée: sucre, colorants, soie,poivre, épices, coton, de l’or, de l’argent et… des esclaves.
Tout ce brassage et cet apport ont façonné Collioure lui donnant ce parfum de l’Orient. L’enfant du pays, le général et polytechnicien Jean François Caloni, notait en 1936 dans le bulletin de la Société Scientifique et Littéraire des P.O que « la flore colliourencque compte un certain nombre d’arbres, d’arbustes et de plantes originaires des côtes d’Afrique,orangers,citronniers,grenadiers, figuiers, oliviers, chênes-lièges et micocouliers y atteignent leur plein développement; les palmiers y sont très beaux ; le figuier de Barbarie, l’agave et toutes les espèces de cactus y poussent à l’état sauvage. »

 Collioure avait des bateaux corsaires

Le port de Collioure devait être animé, entre les bateaux pirates, joyaux du savoir faire maritime de l’époque et les tartanes des marchands qui repartaient le ventre gonflé de draps du Languedoc, huile, vins, amandes, raisins secs, orge, froment, miel, jarres de thon et barils de sardines. Mais Collioure avait aussi ses corsaires. Plusieurs bateaux étaient consacrés à « la course ». Ceux-ci sont des bâtiments armés, au compte d’un particulier, en vertu d’une autorisation d’un roi ou d’un gouvernement. Sans cette autorisation les corsaires deviennent des pirates .

L’équipage d’un bateau corsaire comptait trente hommes d’équipage et cent guerriers armés. Les bateaux de course servaient d’auxiliaires des mers pendant les guerres en s’attaquant aux bateaux de marchandises ennemis. Mais aussi aux pirates. Les raids de pirates turcs sur les côtes espagnoles en emportant les habitants mettaient en danger l’économie de la pêche mais aussi des champs. A leur tour, les corsaires espagnols ou catalans partaient razzier en « Berbérie ». Mais pas que… la lecture des archives maritimes du Languedoc démontre que des embarcations de pêcheurs d’Agde, de Sète ou de Gruissan ont souvent fait les frais d’attaques menées par « des catalans ».

Les esclaves maures, grecs ou hongrois

Le Roussillon va suivre les coutumes esclavagistes de l’Espagne et de la Catalogne qui sont razziées par les barbaresques et razzient à leur tour, parfois il en va de la survie économique. En 1535, on estime que sur les côtes de Méditerranée du nord , un homme sur cinq est captif des barbaresques.
En Roussillon, les premiers esclaves sont des Maures employés dans les champs. En 1384, les députés de Perpignan écrivent au roi d’Aragon que leurs terres sont en friche car leurs esclaves s’enfuient en France où l’esclavage est interdit.

Cela n’empêche pas certains ports comme celui de Marseille de servir de plaque tournante, en 1368, une esclave tartare arrivée de la cité phocéenne est vendue à Collioure puis revendue à un tailleur de Perpignan.
Le plus grand port de traite de l’époque reste Barcelone, Collioure a sans doute réceptionné les esclaves qui étaient ensuite revendus. On relève qu’en 1420, Pierre Serda, prieur des Dominicains de Collioure, achète pour le service du couvent, un esclave Noir baptisé, nommé Martin, âgé de trente ans.

Il y a bon nombre d’actes sur la possession d’esclaves par des notables de Perpignan, en 1431 on y recense 84 esclaves. Certains auteurs estiment que l’esclavage s’est poursuivi jusqu’au 17ème siècle, dans la haute société, avec surtout des nourrices ou servantes.

Parmi les règles qui régissaient l’esclavage en Roussillon:
. »ne peuvent être réduits en servitude que les prisonniers capturés lors des guerres déclarées par le Pape ou l’Empereur, uniquement s’ils sont pris les armes à la main« .
.Si un Catalan s’empare d’une personne en guerre ou course, elle lui appartient après paiement au Fisc de la Couronne.
.L’enfant d’une esclave, né hors mariage, suit la condition de la mère, sans considérer si le père est un homme libre. Par contre l’enfant issu du mariage d’une esclave et d’un homme libre suit la condition du père.

Les Maures ou turcs ont constitué l’apport le plus important d’esclaves, reste qu’avant 1442, date de la réunification de l’Église catholique et de l’Église orthodoxe, les chrétiens orthodoxes étaient aussi allègrement razziés et vendus comme esclaves.En attestent les actes de possession d’esclaves sur Perpignan où l’on relève des grecs, bosniaques, circassiens, hongrois, bulgares,tartares…

Creuset des cultures méditerranéennes

La menace de se faire enlever en sortant à la pêche a sans doute contribué au perfectionnement des barques à Collioure. La présence des pirates et corsaires dans le port a participé à ce creuset: les charpentiers des deux rives de la Méditerranée rivalisaient pour construire des bateaux rapides et adaptés à la mer.

Les habitants de Collioure pêchaient le thon et la sardine depuis que la bourgade existe, sur des « sardinals » à voile latine. Pointus à l’avant et à l’arrière pour mieux faire face à la houle courte de la mer. Ces « sardinals » ont par la suite été adoptés sur les côtes du Languedoc et baptisés « barques catalanes ». Depuis des temps immémoriaux, les salaisons d’anchois, de thon, de sardines ont permis de stocker le poisson qui ne se vendait pas et aussi de le faire voyager, à travers l’Espagne, la France et dans toute la Méditerranée dans des barils.

L’anchois a connu son âge d’or  vers 1840. Le met était très en vogue sur les tables françaises. En 1857 le baron Léon Brisse, journaliste et célèbre gastronome, vantait dans ses recettes  l’anchois de Collioure, à la robe sans défauts, louant par là le travail des pêcheurs dont les filets capturaient le poisson sans le blesser.

« Sardinal »barques catalanes

Sous les cris de « à l’achaou! » lorsqu’un banc était repéré, la pêche à l’anchois tourne alors à plein rendement, l’administration la favorise en donnant de généreuses primes aux pêcheurs qui ramènent le plus de prises. L’image de Collioure des années 1900, ce sont les « ramendaïres », les ravaudeuses « d’anchoubets » et de « sardinaux » des filets de fin coton, examinés avec soin après chaque sortie de pêche et dont le raccommodage était tout un art.
En 1936, il ne restait presque plus de bateaux pour la pêche à l’anchois, selon Jean Azeau envoyé pour enquêter par la société languedocienne de Géographie. La faute, selon l’émissaire, à un autre genre de pirate vorace: le marsouin qui faisait son supermarché dans les filets si coûteux.

Anne Oriol-Tailhardat

*Saetía, le terme est couramment employé dans les registres de l’Inquisition, c’était un bateau à voile latine utilisé principalement dans la Méditerranée depuis l’époque médiévale jusqu’au 18ème siècle.Il avait un seul pont et deux ou trois mâts. 12 à 20 rames par courroie et un poids compris entre 100 et 300 tonnes.  2 canons à la poupe et 8 canons de 25 quintaux sur le côté. La saetia a été utilisée principalement pour la guerre de course corsaire et le transport de marchandises et grâce à sa vitesse, elle est devenue le bateau pirate par excellence.

Bibliographie

.Auguste Brutails(1886) : ÉTUDE SUR L’ESCLAVAGE EN ROUSSILLON DU XIII e AU XVII e SIÈCLE

.ALART: Notes et documents (Perpignan)
.Fontenay-A. Tenenti, « Course et piraterie méditerranéennes de la fin du Moyen Âge au début du xixe siècle »
.M. Mollat, « De la piraterie sauvage à la course réglementée (xive-xve siècle)
.Azeau Jean  « la pêche sur le littoral du Roussillon » Société de Géographie du Languedoc
.Varela, Elisa. «Pirates i corsaris catalans a la Mediterrània al segle XIV.».
.Luc Martinaggi : »L’ESCLAVAGE AU SEIN DE LA DOMESTICITE D’UN COUPLE
DE L’ARISTOCRATIE PERPIGNANAISE »
.Léa Tavenne « Fortunes de mer, trésors de terre. Les naufrages le long
des côtes roussillonnaises (1740-1790) ».
.Gilbert Larguier « Orientaux, Turcs et turqueries autour du golfe du Lion (XVIIe-XVIIIe siècles) »
« Les hommes et le littoral autour du Golfe du Lion, XVIe-XVIIIe siècle »
.G. Poumarède, « La France et les Barbaresques : police des mers et relations internationales en Méditerranée (XVIe-XVIIe siècles »
.VINCENT GIOVANNONI:Les sociétés de pêcheurs en Méditerranée française: Migrations et spécialisations des pêcheurs italiens, français et espagnols (XVIIe-XXe siècle)
.Jean François Caloni:Bulletin de la Société Scientifique et Littéraire des Pyrénées Orientales (1936)

Snorkeling en Occitanie: pour sortir des sentiers battus

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Crédit photo:Yannick Dedieu

Sur les côtes d’Occitanie, des criques et anses préservées et très diverses méritent le détour en palmes, masque et tuba: les falaises des Albères, dans la réserve marine de Banyuls-Cerbère, Pyrénées Orientales. Visite guidée.

Pyrénées Orientales, les criques paradisiaques des Albères

Entre Argelès sur Mer et Cerbères, 20 kilomètres de falaises et de criques parfois sauvages, préservées et loin de la foule des touristes. Seule condition, être en bonne forme physique car il faut crapahuter et bien entendu la grande majorité de ces zones ne sont pas surveillées.Les nombreuses criques offrent des plongées diversifiées, qu’il est possible d’étaler sur une semaine de vacances.Au gré de la chance, il sera possible de croiser petits mérous, sars, dorades royales, corbs. Mais aussi toutes sortes de crustacés, étoiles de mer. D’observer la vie marine dans un herbier de Posidonie.Surtout dans la réserve marine de Banyuls-Cerbère qui a près de 47 ans d’existence. Le trafic des plaisanciers est moins dense qu’en PACA, les lieux sont moins urbanisés. Autant de facteurs qui ont favorisé la bonne santé de l’écosystème, alors qu’à côté la côte espagnole catalane a été pillée. Un exemple: le corail rouge y a quasiment disparu alors que sur Banyuls-Cerbère, grâce à une législation stricte, il a prospéré. Vous n’en verrez pas en snorkeling, il faut descendre à plus de 20 mètres.

Crédit Yannick Dedieu

 

. Argelés sur Mer: à droite de la plage du Racou, itinéraire magnifique jusqu’aux criques du Porteil. Beaux tombants, poissons et faune abondent car la réserve de Banyuls-Cerbère débute pas loin.
. La plage de l’Ouille, un peu avant Collioure
. L’anse Sainte Catherine à Port-Vendres en contrebas du phare de Cap Béar

Fort Bear, Yannick Dedieu

 

. L’Anse des Paulliles , site classé, juste après Port Vendre et Cap Béar (depuis Port-Vendres,  direction de Banyuls sur Mer. Au niveau du site de Paulilles, prendre au rond-point sur la droite en direction du parking.
. Platja del Troc après Banyuls, petit parking, et le début de la réserve marine.


.Terrimbo, site classé, c’est la crique mythique qui se gagne. Petite mais paradisiaque avec ses eaux translucides et ses fonds préservés. Prévoir de bonnes chaussures, peut-être éviter d’y aller avec des enfants. Peu avant Cerbère, tourner au centre de vacances des Aloès. Traversez la résidence de vacances et prenez le sentier du littoral.


. Plage de Peyrefitte: Cerbère, l’intérêt d’un sentier sous-marin balisé avec des informations sur les différends biotopes. Très accessible même pour un enfant, peut-être commencer par là pour se repérer par la suite. Le site est doté d’un accès pour personnes à mobilité réduite et d’un « tiralo ».

Hébergement

Plonger dans la mer Méditerranée en Occitanie c’est aussi des vacances moins chères qu’ailleurs. Pour les petits budgets, Argelés sur Mer a un large panel hôtelier dont des campings. Après Argelés, les hôtels deviennent un peu plus chers et rares, tout comme les campings. Mais cela reste abordable et on déniche de bons plans, bien situés, en chambre d’hôte ou Airbnb.Si vous avez les moyens ou pour vous faire plaisir une nuit, Capmeroccitanie (sans aucune relation commerciale) vous conseille pour leur superbe vue mer, l’hôtel l’Arapède à Collioure ou l’hôtel la Vigie à Cerbère. Il y a de petits restaurants pas chers à Cerbère, Banyuls, Port Vendres, Collioure est un peu plus touristique.

 

Crédit photos: un Auvergnat amoureux des Albères, remerciements à mon confrère Yannick Dedieu, journaliste à la Montagne et pilier du Syndicat National des Journalistes

196 : numéro d’urgence, infos pratiques plaisanciers

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Un numéro d’urgence à retenir et diffuser le 196 ou le CANAL 16 VHF . L’été concentre près de 70 % des activités du CROSS (Centre Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage) sur nos côtes méditerranéennes. Plaisance, sports de glisse, plongée, la Préfecture Maritime rappelle les précautions à prendre pour minimiser les risques, son site donne des infos pratiques et avis urgents aux plaisanciers.
.

Se Préparer : être conscient de sa condition physique, consulter les prévisions météorologiques, avoir une bonne connaissance de l’activité.
S’équiper : porter l’équipement adapté à son activité et notamment le gilet de sauvetage.
Alerter : disposer d’un moyen de signalisation sur soi et être prêt à alerter les secours (pour soi ou pour d’autres), notamment via le 196 et le canal 16 de la VHF qui permettent de joindre le CROSS Méditerranée et de déclencher les opérations de secours.

Plaisanciers n’oubliez pas les gestes éco-responsables: vérifier que l’ancre ne détériore pas l’écosystème sous-marin, notamment l’herbier de Posidonie, et ne rien jeter à la mer, utiliser les poubelles des ports. Avant de prendre la mer, renseignez vous sur le site de la préfecture maritime, rubrique « Infos nautiques », https://www.premar-mediterranee.gouv.fr/avis-urgents-aux-navigateurs les avis urgents aux navigateurs: corps morts flottants à éviter, balises en panne, travaux. Un exemple ce jour:
« LION – ESPIGUETTE – ABORDS DE PORT CAMARGUE
LE BANC DE SABLE A LOUEST DE PORT CAMARGUE, SIGNALE PAR LA BOUEE
CARDINALE NORD BANC DE SABLE (NUMERO LIVRE DES FEUX 26270), S EST
DEPLACE DANS SON EST.
DANGEREUX POUR LA NAVIGATION. »

Voiles de kite: depuis 2019 afin de faciliter les recherches il est obligatoire de marquer les voiles de kite ,  rappel loueurs professionnel et particuliers de navires doivent réaliser une vérification technique de leur navire, au moins une fois par an, vérifications qui doivent être consignées dans un registre de vérification spéciale.

Véliplanchistes veiller a avoir un gilet de sauvatege et un moyen d’alerter les secours et d’être repérable par un dispositif.
Pour information lors du sauvetage d’un véliplanchiste en avril dernier au large de Gruissan, il a fallu pas moins de deux jours de recherches y compris de nuit et le coût financier des moyens déployés est à chaque fois très…salé

« Le Cross Med a mis en place un important dispositif de recherche sur zone :

– Quatre moyens nautiques des stations de la société nationale des sauveteurs en mer (SNSM) , une de Gruissan, une de Leucate et deux de Port la Nouvelle

– L’hélicoptère Dragon 66 de la Sécurité civile,

– L’hélicoptère Panther de la Marine nationale.

– Le Falcon 50 de la Marine nationale

– La vedette Maury des gendarmes maritimes

– Patrouille des sapeurs-pompiers du SDIS 11

Cet dispositif conséquent a opéré jusqu’à environ 1h 45 du matin sous coordination du Cross Med qui a réparti les zones de recherches entre Gruissan et Leucate jusqu’à 13 nautiques (environ 25 km) au large.

A 6h45 ce dimanche matin, les recherches reprennent avec l’envoi depuis la base d’aéronautique navale de Lann Bihoue (56) d’un avion de patrouille maritime Atlantique 2 de la Marine nationale, et deux vedettes SNSM de Port la Nouvelle et de Gruissan.

Vers 9h, l’Atlantique 2 relocalise le véliplanchiste. A 9h05 la SNSM de Gruissan le récupère vivant et conscient, Elle le ramène à quai à Port la nouvelle pour une prise en charge médicale par un VSAV. »

Amis de la mer, prenez vos responsabilités et soyez vigilants, la mer c’est l’humilité et la prudence.

La température de la mer en Occitanie en temps réel

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Avec pas moins de quatre bouées disséminées le long des côtes de l’Occitanie, le site Info Climat permet d’avoir la température de vos plages préférées en temps réel.

Banyuls pour les plages des Pyrénées Orientales, Leucate pour l’Aude, Sète pour l’Hérault et le Grau du Roi pour le Gard, il suffit d’aller sur ce lien https://www.infoclimat.fr/mer/bouees.php et de cliquer sur la bouée pour avoir la température de la mer.
Comme ces bouées sont au large, comptez que l’eau est un peu plus chaude sur le bord de la plage. Enfin pour les frileux, on peut se baigner dans certaines lagunes, à l’Etang de Thau rajoutez 3 à 4 degrés de plus que la température de la mer.

Ces poissons dangereux venus de la Mer Rouge

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La Méditerranée a toujours eu un apport de poissons venus d’ailleurs,preuve en est ce baleineau venu de l’Atlantique qui s’est promené le long de nos côtes. Mais depuis l’ouverture du canal de Suez plus d’une centaine de spécimens sont arrivés de la Mer Rouge. L’agrandissement et les travaux du canal ces dernières années semblent avoir précipité la venue d’indésirables comme le poisson lapin et le pteroïs ou poisson lion.

Lagocephalus sceleratus

A Gruissan, en 2014, devant un poisson inconnu ramené de leurs filets, deux pêcheurs se sont bien gardés de le manger, après analyse du laboratoire le verdict est tombé: poisson lapin, hautement toxique. Pourtant il a une bonne bouille de lapin, il est rigolo et se gonfle quant on le touche. Mais à éviter pour la bouillabaisse pour les friands des poissons de roches, une erreur fatale est vite arrivée. Son cousin le Fugus, met de choix en Asie, est consommé après un strict éviscérage, bref l’affaire de pêcheurs chevronnés. Il est là et bien là, avec la prise de plusieurs spécimens dont l’un de 3 kilos en Algerie mais aussi Chypre et à Rodes.

Le magnifique pteroïs

Un autre prédateur est signalé en approche des côtes européennes: le pteroïs ou rascasse volante ou encore « poisson l’armée » à l’île de la Réunion. Dans l’eau ou dans un aquarium c’est une merveille à le voir évoluer avec ses nageoires comme des voiles et ses couleurs rouges-bruns chatoyantes. Le souci c’est qu’il est venimeux , à ne pas toucher et ne pas consommer. C’est un prédateur qui n’a pas de prédateur comme tous les poissons aux épines empoisonnées. Il a un effet désastreux sur les autres poissons. Les premiers spécimens ont été repérés en Israël et en Turquie mais il semblerait que cette espèce remonte vers l’Europe. Sa présence est désormais signalée à Chypre. On estime, selon les observations faites à partir du poisson lapin, qu’il faut 7 ans pour qu’un poisson de la Mer Rouge remonte jusqu’aux côtes européennes.

Barracuda attention à la ciguatera

Les poissons dits « lessepsiens » car venant du canal de Suez ne sont pas tous des boulets. Le poisson écureuil, le poisson lime ou le poisson flûte mènent une vie tranquille, le premier égayant de ses belles couleurs rouges les fonds coralliens. Quelques barracudas ont été signalés en PACA et un pêcheur de Sète en a sorti un de l’eau mais l’espèce ne semble pas poser de souci, pour l’instant. Reste qu’il est déconseillé de consommer du barracuda qui est souvent contaminé par une micro algue, qui provoque des malaises et démangeaisons, c’est la ciguatera.

Belles couleurs du poisson écureuil

Aujourd’hui, les scientifiques craignent que l’élargissement et le doublement du canal de Suez n’accélère sur 10 ans, l’arrivée d’espèces indésirables. La Mer Rouge est très riche en poissons car pour une raison inconnue ses récifs coralliens sont en bonne santé. Peut-être pas pour longtemps car le trafic sur le canal de Suez a été multiplié, avec près de 90 bateaux par jour. Cela renforce le risque de voir des espèces transportées par les ballasts, des vannes qui s’ouvrent et se ferment pour aspirer de l’eau de mer. Hélas, en relâchant en Méditerranée  de l’eau de mer puisée dans l’Océan Indien , on va semer, non seulement des poissons nuisibles mais aussi tout un tas d’organismes comme des méduses ou des algues.

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